"60ième anniversaire de la libération des camps...et demain ?"

Sous la présidence de Me Serge Klarsfeld
dimanche 5 février 2006
par Nadia Darmon.H
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Tous les intervenants évoquèrent "le sentiment de dernière fois" prégnant qui marqua les commémorations du 60ème anniversaire de la libération des Camps. Tous dirent la proximité et les échanges émouvants entre les derniers témoins et les jeunes. Que doit-on opposer au négationnisme ? une vraie compétence historique, dire ce qui fut simplement. "On doit aux Juifs toutes les structures de la mémoire... ceux qui ont survécu ont été à la hauteur de leur tâche."

Ouverture du Colloque par Me Serge Klarsfeld

Remerciements à Mr Terry Lewis, secrétaire général du Conseil de l’Europe qui reçoit ce colloque. Le Conseil de l’Europe est à considéré comme une conséquence positive de la seconde Guerre Mondiale et de la Shoah, un monument a été érigé devant l’édifice : "Plus jamais ça". La Journée du 27 janvier sera désormais consacrée à la Mémoire de l’Holocauste à l’école. L’Europe tend vers une "Démocratie pluraliste".

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Assistance au colloque
15 janvier 2006, au Conseil de l’Europe à Strasbourg.

"Si on parle ici au Conseil de l’Europe, c’est que les Institutions européennes accordent plus d’importance (à la Mémoire) qu’à l’époque de l’action (1972), de celle de traduire Klaus Barbie en Justice. La 1ière Conférence du XXI° siècle a été consacrée au problème de la transmission de la Shoah, elle se déroula le 29 février 2000, à Stockholm. Lionel Jospin, alors Premier Ministre, s’est déclaré favorable à la Création d’une Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Il y eut lieu également la création de la Commission des Spoliations.

A partir du 27 mars 2002, Une Exposition a circulé dans les gares, à commencer par Compiègne (gare de départ pour les camps). C’est en 1943 à Grenoble que les Organisations juives se sont rencontrées, de cette rencontre est née le Centre de Documentation Juive à Paris, et la création du CRIF [1], ainsi que le Musée de la Déportation et de la Résistance de Grenoble. Ont suivi à travers l’Europe et les Etats-Unis, un foisonnement des pôles d’études, de documentation et d’archives, de témoignages : Londres, New-York, Musée Fédéral de Washington, Musée de la Tolérance à Los-Angeles ... Aujourd’hui les études sont nombreuses, c’était impensable auparavant ; les archives étaient fermées en France, en Allemagne il n’existait pas de sujets universitaires sauf en Israël et aux Etats-Unis. Aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Tout cela se déroule en Occident, là où se trouvent les Juifs, là où s’est déroulée la tragédie de la Civilisation de l’Occident et de la Civilisation Chrétienne.

1) La Disparition des témoins : La première préoccupation est celle de la disparition des témoins. Les initiatives comme celle de Spielberg ou d’autres, auraient été souhaitables bien avant. D’entre 1939 et 1945, il n’existe aucune interview, aucun témoignage audio ou filmé. Le seul moyen d’avoir des contacts directs aujourd’hui, c’est d’enregistrer les témoins.

(...)

Je suis allé à Birkenau, en pélérinage pour mon père et j’étais seul, au mois de janvier, et c’est là que j’ai senti un appel, un cri ininterrompu qui ne m’a pas quitté : une responsabilité. Aujourd’hui, à la "Marche de la Mort" répond "la Marche des Vivants".

2) Les Mouvements populaires : Que les Juifs aient été riches et puissants, révolutionnaires ou misérables, cela a abouti à un déchaînement populaire. En Occident, aujourd’hui l’antisémitisme est en régression, mais pas là où il n’y a plus de juifs ! Des pays musulmans pensent que les Juifs sont les alliés d’Israël et des Etats-Unis. Nous sommes interpellés par ce courant qui apparaît en ce début du XXI° siècle et qui débuta à Durban [2].

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A la mémoire des victimes des camps.
Monument du souvenir, Conseil de l’Europe, 27 janv 2005.

Nous sommes en Europe, dans une oasis de bien être. Le sort des Juifs est lié aux démocraties. Tous les dictateurs ont persécuté les Juifs, nous devons nous méfier des extrêmes. Nous sortons d’une période d’horreur. Afrique du Nord, Pologne, Russie ...il y a eu des pogroms après guerre. L’époque bénie est celle que nous vivons.

(...)

Avant-première du film : Piccolo, témoin en mouvement

présenté par Jean Samuel, Piccolo [3] en personne.

A travers la projection du film qui évoque à la fois le témoignage digne et émouvant de Jean Samuel entouré de ses petits enfants, et sa correspondance abondante d’après guerre avec son ami de déportation Primo Levi, on entrevoit plus qu’une amitié, presque une gémellité entre les deux hommes, l’un existant par l’autre.

Jean Samuel rappela cette phrase écrite par Primo Levi en 1946 : "Que nous le voulions ou non, nous sommes des témoins, et nous en portons le poids."

Thérèse Stopnicki - témoignage, partie civile au procès Papon,

Thérèse Stopnicki fut cachée pendant la guerre, tandis que ses soeurs Nelly et Rachel de 5 ans et 2 ans à l’époque furent déportées depuis Bordeaux, par les oeuvres de Papon, et ne revinrent pas.

Fut projeté à l’écran un diaporama de photographies familiales et de documents à charge lors du procès Papon à Bordeaux. Thèrèse Stopnicki raconta avoir rencontré un Capitaine lors du procès qui lui fit découvrir les lettres que ses parents arrêtés et détenus au camp de Mérignac, avaient écrit au Maire de Salles, Philippe Pondaven. Les enfants avaient été placés à l’hôpital des enfants malades, la première lettre demandait au Maire de "placer les enfants chez des braves gens" et lui indiquait leur adresse et la manière d’obtenir les clés de leur appartement afin qu’il puisse leur faire parvenir quelques provisions. Le Maire a répondu mais sa lettre revint à la Mairie de Salles avec la mention "Parti sans laisser d’adresse". Le résultat de cette démarche fut que Papon fit chercher les enfants en taxi payé par le Bureau des Affaires juives (350F, Salles-Bordeaux). C’est cet ordre et le reçu du taxi conservés dans les archives de Salles qui furent déposés à charge lors du procès Papon.

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Témoin à charge au procès Papon :
Thérèse Stopnicki pour Nelly et Rachel.

Thérèse Stopnicki raconta que l’avocat avait jeté les photos des filles sur la table les qualifiant de "cinéma". Elle fit alors avec l’accord du Juge, projeter sur écran les photos des enfants, afin que Papon ne puisse à nouveau les jeter sur la table.

Ce procès était nécessaire : le Procès des crimes contre l’humanité.

L’expérience de la Marche des Vivants par Jean-Charles Zerbib

Secrétaire général de l’organisation de la "Marche des Vivants".

"Si nous sommes là, c’est pour eux, les disparus et les survivants." "La Marche des Vivants est un projet extra..ordinaire issu d’événements de déni :
- Milieu 1980 : Un homme dans une université de Lyon met en doute l’historicité de l’extermination des Juifs, c’est l’Affaire Faurisson qui prétentdit à "une invention essentiellement sioniste."
- 1986 à Nantes, c’est l’Affaire Roque qui cherche à nier, à minimiser.
- 1987, c’est "le point de détail" de Jean-Marie Le Pen à propos de la Shoah.

"Si en France, pays des Lumières, à l’université française on se permet d’écrire cela, que va-t-il rester ?" C’est de cette question que Abraham Irzon crée le projet en 1987 : La Marche des Vivants . Dans un contexte difficile. Aujourd’hui le mot Shoah est entré dans le dictionnaire. Il existe la Journée mondiale de la commémoration de la Shoah, et le Yom Ha Shoah en Israël. Il y a encore quelques années, il n’y avait aucune plaque à Auschwitz qui indiquait que les victimes furent juives, on disait qu’ils furent polonais. Apprécions le chemin parcouru jusqu’à la réalisation de la Marche des Vivants.

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La Marche des Vivants
par Jean-Charles Zerbib.

La Marche des Vivants constitue un parcours éducatif de plusieurs jours...chaque mot est difficile. Le projet pédagogique fait visiter Birkenau mais aussi d’autres lieux de mémoire. On va aussi à Treblinka, Maïdanek, sur l’emplacement du Ghetto de Varsovie. Mais avant d’aller à Maïdanek, on va visiter les lieux de vie, Lublin où fut initié le "Daf Yomi" [4] et son cimetière où repose "le Voyant de Lublin". A ce moment là, on va à Maïdanek, là on peut raconter ce qui n’est plus.

On évoque aussi les maquis juifs, et parler de la révolte du Ghetto de Varsovie. C’est au Cimetière de la Mouche à Lyon que reposent de nombreux résistants juifs. Il faut dans l’évocation, parler de la "Gvoura", l’héroïsme. Les survivants se sont reconstruits...avec des difficultés. Ils ont recréé des communautés dans les pays d’Europe et en Israël.En Israël, on conduit les jeunes dans le désert et on leur dit : "Regardez, ceux qui ont été détruits, ont réussi à créer ce pays et ont fait fleurir le désert."

"Qu’y a-t-il à commémorer le 27 janvier ? Mais laissons ce débat aux spécialistes. Quelle libération des camps ? quand on connait l’histoire.

"De quoi parle-t-on ?" Les groupes de la Marche des Vivants sont accompagnés de témoins. Il y a six millions d’itinéraires différents. "Ne vous rappelez pas de six millions de juifs, rappelez-vous d’un petit Itshak" (Elie Wiesel).

Cherchons le juste dosage pour éviter l’overdose de Shoah : Comment et à quel moment en parler. Eviter de tomber dans les travers des dates qui se démultiplient. Cherchons la résonnance dans le présent. On leur raconte la Shoah, l’extermination des Juifs, mais aussi celle des Roms : une spécificité.

Qu’est-ce que vous faites pour le Darfour ? Aujourd’hui, ici et maintenant.

Après la Marche des Vivants, près des deux tiers des jeunes se disent plus tolérants, plus engagés dans l’action caritative, davantage interpellés par leur identité juive ou autre, leur éducation et la question de Dieu.

A Yom Ha Shoah [5] 2005, des jeunes juifs ont participé aux commémorations en Israël, mais aussi deux jeunes Rwandais, et deux Arméniens qui devaient venir depuis Marseille et n’ont pas pu au dernier moment. Il ne s’agit pas d’en faire trop, il n’y a d’ailleurs pas eu de communiqué de presse. Mais il y a identification, et notamment pour les nombreux séfarades [6] présents.

La Marche des Vivants vient comme une réponse à la Marche de la Mort : "Nous sommes là...encore...pour témoigner." Nous attendions 18 000 personnes, nous avons dépassé 20 000 personnes. L’un des témoins s’est dit heureux car ces participants à la Marche des Vivants venus de 50 pays différents, deviennent à leur tour des témoins. La presse couvre l’événement, et même un journal en ligne algérien s’en est fait l’écho. C’est un message d’espoir pour toute l’humanité.

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Premiers intervenants.
Jacques Fortier à gauche - Serge Klarsfeld au centre - Gérald Chaix à droite -

La Shoah face à la réalité d’aujourd’hui :

"Intégration de la Shoah dans le programme scolaire",

Par Gérald Chaix, Recteur de l’Académie de Strasbourg.

"Il s’agit de respecter une chronologie à valeur explicative : 1) Mise en place des documents - 2) Mise en récit -

"Tu peux tout dire pourvu que rien ne soit faux." L’élève n’est pas une cire molle et la Shoah ne touche pas qu’une seule discipline. La Shoah est mise en programme pour les classes de CM1/CM2, en classe de 3ème, 1ière, Terminale. Le cadre institutionnel peut varier.

La deuxième question est celle du passage de l’histoire au récit, au témoignage. Entre articulation du document historique et témoignage, les documents n’apparaissent pas facilement. L’enseignant doit aller le chercher, il doit le critiquer quand il l’a inventé.

1) Le témoignage : Celui qui atteste avoir vu. Les témoins rendent témoignage de leur "martyr". 2) La démarche historique : Il y a un hiatus du monde clos du système scolaire et le témoin qui fait intrusion. Il fait entrer l’histoire dans la classe. 3) Implicite ; le Recteur d’Académie par définition met en oeuvre une politique nationale. Il est là, pour faire appliquer le programme. C’est le 18 octobre 2002, ici même au Conseil de l’Europe que se sont réunis des recteurs d’académies pour mettre en oeuvre cet enseignement là.

Il faut considérer les régions et les Académies selon leur propre historique. Ainsi l’Alsace est marquée par l’histoire, "Le Mémorbourg" de René Gutman [7] à propos des communautés juives d’Alsace montre le maillage très ancien et qui a modifié en Europe Centrale, les équilibres. Il restitue fidèlement dans son ouvrage tous les convois partis du Bas-Rhin.

C’est aussi une région qui est marquée par la présence du Camp d’anéantissement Struthof, lieu de mémoire de proximité. Une région fondamentalement de contact avec sa propre mémoire, parfois conflictuelle.

La Loi Gayssot : Le 13 juillet 1990, s’impose au recteur l’application de la loi. Le Président de la République a déclaré : "Ce n’est pas à la loi de dire l’histoire." Elle ne dit pas ce que l’histoire doit dire.

On ne peut pas enseigner la Shoah, sans savoir ce que l’on veut enseigner (Syndrome de Vichy). Le Premier Ministre, Dominique De Villepin a déclaré en décembre 2005 : "Ce n’est pas au Parlement d’écrire l’histoire, il n’existe pas d’histoire officielle en France."

L’élève dans son cursus scolaire, revient trois fois sur le sujet. Ces programmes dessinent des champs disciplinaires différents, littérature, histoire, instruction civique... Il s’agit pour le Ministre de l’Education Nationale "d’apprendre ce qui s’est passé, purement et simplement." dans une liberté pédagogique, mais non pas se lancer dans une idéologie. Le Recteur doit faire appliquer le programme, former les enseignants par le biais de l’IUFM. A cet égard, à Strasbourg s’est déroulé un séminaire de formation entre le Mémorial de la Shoah et l’ensemble des professeurs d’histoire-géographie.

L’enseignant a à sa portée, les lieux de visite, et lieux muséographiques, il apprend à regarder, sa tache est d’historiciser la Shoah, en critiquant les documents, en contribuant à la mise en récit d’accompagnement, en contribuant à expliquer l’événement fondateur que nous vivons. Conserver la singularité de l’événement.

Nous devons conserver 3 Mémoires : 1) Restituer les individus, en partant de la réalité, des noms. 2) Mémoire Collective. 3) L’histoire de l’humanité.

"Regards du monde musulman vis-à-vis de la Shoah"

par Amar Dib, président de l’association Convergences.

Avec le Modérateur Jacques Fortier, Journaliste aux DNA, Dernières Nouvelles d’Alsace, et au Monde. Désigné cette année "Meilleur journaliste européen". "Je suis là en tant que journaliste, j’étais à la commémoration de la Libération des camps, devant les rails embrasés. Nous avons cette même question, cette impression de dernière fois. A l’heure où le négationnisme se vautre sur internet.(...) Le mot Génocide est l’étiquette qui s’applique aujourd’hui.

Intervention de Amar Dib : Quelques éclairages sur la Shoah dans le monde musulman en perpétuelle évolution, et sur l’antisémitisme en milieu arabe.

Le monde arabe et l’Islam sont-ils pénétrés d’une idéologie mortifère ? Si oui, pour le Coran, on sait ce qui est dit. Le Coran récapitule la foi naturelle des prophètes.

Le conflit de légitimité n’empêche pas le respect prôné par le Coran, vis-à-vis des religions du Livre. La Dhimmitude, citoyenneté de seconde zone qui s’appliquait aux non musulmans, n’en demeure pas moins l’invention du premier Droit des gens qui oblige la communauté dominante vis-à-vis des minorités. La polémique n’a pas plus attaquer le Judaïsme que le Christianisme, les savants et les poètes juifs ont pu enseigner, et ont contribué à l’âge d’or musulman. Souvenons-nous ce qu’écrit Ibn Arabi à Al Andalous : "Que de saints bien aimés dans les synagogues et églises, et d’ennemis haineux dans les mosquées !"

L’épisode de la rupture entre les Juifs de Médine et Mahomet ; l’honnêteté oblige à reconnaître qu’il n’a pas été exploité dans l’Islam. C’est resté très dormant...jusqu’à aujourd’hui. On constate aussi, le virus antijudaïque dans le monde musulman en crise. On trouve des intellectuels qui font leur cette réthorique antijudaïque. Il ne s’agit pas de dédouaner (...). De nombreux juifs vivaient peu l’antisémitisme en Afrique du Nord. Le crime du Mufti de Jérusalem n’a eu qu’une petite influence dans le monde arabe.

1) Le négationnisme arabe : Il fallait un trait d’union, c’est Garaudy qui a joué ce rôle. "Le complot juif dans la négation de la Shoah", l’élite arabe s’est laissée séduire.

Certains musulmans s’insurgent et considèrent comme une catastrophe cette réthorique. Par exemple, le Prince de Jordanie, oncle du roi. Un ex-ministre Palestinien de l’éducation qui déclarait vouloir mettre au programme, l’enseignement de la Shoah dans les écoles palestiniennes.

2) Le Club Convergences : Le voyage d’Emile Shoufani à Auschwitz auquel j’ai participé, m’a convaincu. Il n’y a pas de paix sans rencontre.

J’ai rencontré Yonathan Yarfi, président de l’UEJF et nous ne nous sommes pas quittés. Notre idée a été de passer à l’action. Les membres du Club Convergence sont issus de l’immigration et majoritairement musulmans. Après quelques semaines de réflexion, nous avons décidé de former des médiateurs musulmans et juifs pour aller dans les écoles et échanger des idées. L’Education Nationale a eu peur, mais finalemnt a accepté. Ce n’était plus aux professeurs de faire ce travail de faire tomber des clichés et les tabous, c’était confortable. Nous sommes intervenus par exemple à Lyon et à Strasbourg, et nous avons formé une centaine de médiateurs.

Nous sommes convenus que les médiateurs aillent à Auschwitz en juin prochain, au moment de la Marche des Vivants. Je crois qu’il faut multiplier ces moments de partage où on se rapproche les uns des autres.

"Pour l’essentiel nous sommes seuls" disait Albert Camus, je voudrais que pour l’avenir nous soyions ensemble.

"La Shoah dans l’histoire du XXème siècle",

par André Kaspi, Professeur d’Histoire à la Sorbonne -

L’histoire essaie de sortir de l’émotion et c’est frustrant pour les témoins, ils concluent que les historiens sont indispensables, mais ils ne réussissent pas car ils essaient de restituer une histoire qu’ils n’ont pas connue.

Si les témoins disparaissent, les historiens aussi disparaissent, car les historiens qui s’interessent à la Shoah ne s’y intéressent pas comme ça, ils ont un intérêt personnel. Y-aura-t-il un même intérêt dans l’avenir ? Ne sont-ils pas en voie de disparition ?

Communément on dit que lorsque l’on parle de la Seconde Guerre Mondiale, on parle de la Shoah. Je ne suis pas certain que ce soit ainsi. La Guerre éclate en n’ayant rien à voir avec la Shoah. La France n’a pas réagi lorsque l’Allemagne a pris des mesures ambiguëes. Lorsque la Wehrmacht envahit l’Union Soviétique, la défense nationale paraissait naturelle. Les Etats-Unis entrent en guerre, après Pearl Harbor, rien à voir avec la Shoah.

La Shoah n’est pas au centre de cette guerre, mais elle le devient vite. Dès 1941, un million de Juifs sont exterminés. Ils ne font pas partie des buts stratégiques, mais des buts idéologiques, c’est la "Solution Finale" à la Conférence de Wansee, en janvier 1942. C’est petit à petit que ça devient le centre de la démarche nazie qui inclut aussi l’extermination des Juifs britanniques, alors même que la Grande-Bretagne n’est pas occupée.

Au moment où les forces nazies ont besoin de concentrer leurs forces contre les Russes, ils se concentrent à vider la Hongrie de ses Juifs, c’est une obcession, comme du côté français on se concentre à regrouper sur Drancy.

La Shoah correspond à un massacre hors du commun. Il y a eu le génocide des Hereros en Namibie, des Arméniens en 1915, Hitler l’avait à l’esprit car en 1939 il écrit : "Qui se souvient des Arméniens ?"

Le mot génocide a été inventé en 1944. Il n’empêche, la Shoah correspond à une spécificité dans l’histoire du monde ; qu’une nation dite civilisée, de culture européenne, annonce son intention de massacrer tout un peuple ! Cela n’a pas été renouvelé, sauf par un fou, président de l’Iran, créé et reconnu par les Nations Unies. Les Turcs n’avaient pas annoncé le massacre des Arméniens, ni les Tutsis sur les Hutus au Rwanda.

Qu’ont fait les historiens français ? Ils ont été lents à comprendre, à travailler sur le sujet. Cher Serge (Klarsfeld), vous avez gagné la bataille. En ce qui concerne la recherche historique, on ne peut pas dire que les historiens français aient beaucoup travaillé. Ils se sont principalement intéressés à la France, avec le handicap de ne pas bien maîtriser les langues étrangères pour aller fouiller hors de France les archives.

Dans la recherche historique, il faut aller du côté allemand, israélien, américain, pour trouver des recherches historiques.

Il faut rappeler qu’il n’y a pas de tendance négationniste dans les universités françaises. L’université française a manifesté son hostilité au négationnisme. Ce n’est pas une opinion. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas réticence.

Il y a eu en effet, une rencontre d’historiens sur la traite négrière qui s’est opérée d’Afrique en Amérique, vers le nord et le Proche Orient, elle n’a pas eu lieu sans la contribution des roitelets africains. Le livre de Petret-Grenouillot a été attaqué en Justice par une association d’Antillais, la réalité historique est vécue comme une injure à la mémoire.

Le 4 février 2005, les programmes scolaires mentionnent le rôle positif de la colonisation. Beaucoup de ces lois mémorielles devraient être abrogées. Je n’ai pas signé cette pétition, lorsque la Loi Gayssot a été promulguée ; les législateurs n’ont pas à prendre le rôle des historiens.

Cette loi Gayssot n’a jamais empêché le travail historique, mais elle a empêché les négationnistes de se libérer. Ce serait rendre service à tous les négationnistes que d’abroger cette loi. Que le programme scolaire soit décidé par mesure ministérielle, ce n’est pas empêcher l’historien de travailler. Une rigueur dans les mots qui évitent toutes ambiguïtés. Si l’historien ne fait pas d’erreur, il est dans sa mission.

Amar Dib : "Rien dans le Coran peut abonder les propos du Président iranien."

Quelle transmission après la disparition des témoins ?

Modérateur : Anne-Marie Revcolevschi - Directrice de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

"Le 60ème anniversaire s’est déroulé avec une grande diversité d’événements. Ce fut l’occasion de voir de nouveaux documents, d’écouter des témoins qui n’avaient jamais parlé. (...) Il y eut la déportation et l’extermination. Le fait d’officialiser le 27 janvier dépasse la Shoah des Juifs, nous allons dépassé le temps de l’enseignement."

"Pourquoi continuer à enseigner la Shoah ?"

par Paul Bernard, philosophe.

"Nous préférons au Devoir de mémoire, la nécessité de mémoire." La question est embarrassante, elle induit qu’il faudrait arrêter de l’enseigner. Il y avait dans cette commémoration du 60ème anniversaire, une émotion singulière. Pourquoi et comment passer le flambeau ? Est-ce une nouvelle période ou un contexte temporaire ?

Essayez que mon histoire, celle de mon peuple comme un fragment de l’histoire universelle devienne un témoignage de valeur collective. Il faut être d’une certaine simplicité, quand on est Juif en Europe, on sait qu’on est un survivant, on est tenu de transmettre un lambeau de la mémoire. "Cela fut."

Etre d’une extrême sobriété : des noms, des dates, des chiffres, "Yad Vashem" - "Une main et un nom" - Le devoir de dire, dignement et calmement telle que l’histoire a été. Entre mémoire et histoire, il s’agit d’être juste, objectif, et conforme à ce qui fut. Par déférence envers les morts, mais aussi vis-à-vis des vivants.

Il va de soi, je m’en suis aperçu avec vigueur, pour que des Juifs n’aient pas à revivre cela, ils doivent se souvenir. l’expression de "Mort aux Juifs" arme celui qui peut passer à l’acte. Emile Loubet disait en 1940 : "Partez, car vous serez exterminés", c’était inimaginable, mais c’était vrai. Il ne savait pas alors que ça pouvait arriver, mais en 1950 on sait que cela fut. Le Négationnisme : On n’en prend pas la mesure et ce n’est pas une question subalterne. L’antisémitisme s’est toujours nourri de fables et de mensonges, alors le nouveau mensonge est né. Je vous renvoie aux derniers propos du Président iranien.

N’y-a-t-il pas quelque chose de spécieux, de malsain, de se servir de la Shoah pour lutter contre l’antisémitisme d’aujourd’hui. La mémoire de la Shoah c’est aussi que l’antisémitisme ne puisse pas se développer en Europe. Ce n’est pas une haine absurde contre laquelle on ne peut rien, il a des causes profondes, réelles, précises :

1) On n’enseigne plus le déicide au catéchisme : Il y a eu le Pape Jean XXIII et Concile Vatican II - Le Pape Jean-Paul II a rappelé que Jésus était Juif - Cela n’a été possible que par la mémoire obstinée de la Shoah - Il y a le dialogue judéo-chrétien - La demande de pardon de la part des chrétiens -

2) Dire ce qui fut est une arme.

3) Il ne s’agit pas d’une mémoire individuelle, c’est chose universelle, elle appartient à l’espèce humaine. (chapitre 2 de la Genèse : "tous les hommes sont de la même race...." - voir l’universalisme juif dans le Deutéronome.)

4) Nous sommes entrés dans une période de la concurrence des victimes : Nous entendons clamer "qu’il y en a assez de la Shoah", qu’on n’enseigne pas la colonisation. On ne doit pas opposer les histoires. La mémoire de la Shoah est un exercice difficile, il est celui de porter un regard civique. C’est par cet exercice qu’on se rend digne de la mémoire des victimes.

Dans les écoles, on se doit à l’éveil de l’esprit critique, ce sont des policiers français qui ont arrêté...il faut le dire. Remplacer la mémoire de la Shoah par l’histoire de l’homme qui est une ; les Juifs sont allés au fond du gouffre de l’humanité, et portent un témoignage qui s’adresse à l’humanité.

Comment positiver le devoir de Mémoire ? par le Grand Rabbin du Bas-Rhin, René Gutman :

Dans "le Chant du Lys", Primo Levi entreprend d’apprendre l’italien à un nouveau venu, Piccolo [8]. Se pose le problème de la mémoire de la langue, cette langue, jargon des détenus. Une langue identique à celle de la mort.

Nous sommes au moment du déluge, la parole apparaît tard dans le récit biblique. Parole occluse.

Nous avons eu tort de nous taire après guerre, on a laissé l’expression fictive s’exprimer. L’expression du langage des camps : "Si je vous répondais, vous ne comprendriez pas, car moi je n’ai pas encore compris." (Primo Levi)

La mémoire et l’oubli caractérisent l’homme. Le premier Yzkor s’adresse aux vivants : "Et Dieu...se souvint de Noé", Dieu s’engage à se souvenir, ensuite il se souvient d’Abraham jusqu’aux témoins...

Un tournant décisif dans l’’existence de l’humanité : l’acte de mémoire, l’émergence d’un principe nouveau dans l’humanité, avec le risque de s’engloutir ou de renaître. Voir la prophétie d’Amos à propos des rescapés d’une maison.

"Transmission et Fiction"

par Dominique Missika - Membre de la FMS et Productrice à France Culture, spécialiste du documentaire historique. Dominique Missika a préparé l’émission consacrée au Procès Papon sur France Culture diffusée en Août 2005.

La fiction : un débat délicat. L’image est essentielle dans la transmission, par le choix des acteurs, du son, de la musique...quels usages faire des créations. Dans la production cinématographique, Shoah de Claude Lanzmann marque une période de l’avant et après Shoah.

"Toute tentative d’utiliser des créations est obscène". La diffusion de Holocauste , de la Liste de Shindler, les intentions du cinéaste ne sont pas en cause. La Vie est belle a échauffé les esprits. Amen de Costa Gavras qui joue sur la réflexion.

C’est vrai, le registre sur lequel joue le cinémé, c’est l’émotion. Tous ces films de Spielberg ou de Bégnini, ont fait entrer la Shoah dans l’esprit du plus grand nombre. Le cinéaste propose une éthique du regard, un merveilleux préalable à tout débat historique. Train de vie affranchit la Shoah de manière originale. Ce film avait réussi à faire comprendre ce qui s’était passé.

Le cinéma français n’a pas à rougir de ce travail de mémoire, il s’est aussi intéressé au rôle de Vichy. Certaines oeuvres abordent un travail fécond : Voyages de E.Finkel, Un monde presque paisible de Michel Deville, abordent la trace de la transmission chez les déportés comme La petite prairie aux bouleaux. Marcelline Leridan déportée à 16 ans, choisit la fiction pour raconter sa déportation. Elle choisit la fiction, cela doit nous aider à réfléchir sur la fiction.

L’Ocludrama, le nouveau concept cinématographique qui utilise les archives, les témoignages, les scènes de théâtre avec des acteurs modernes...ces films touchent principalement les plus jeunes. Le Pianiste de Roman Polanski est une réussite indiscutable. La pertinence d’une oeuvre qui se confronte à sa capacité à appréhender la Shoah.

Anne-Marie Revcolevschi :

Nous n’avons jamais eu autant au Mémorial de la Shoah, de demandes de certaines écoles, de certaines sections, des enfants de toutes confession, toutes mémoires pour participer aux voyages. Après enquête, les enfants ont pris conscience lorsqu’ils ont vu les chaussures d’enfants à Auschwitz.

Conclusion par Me Serge Klarsfeld :

Les jeunes sont sensibles à la précision et la rigueur et non à la sensiblerie. Les nazis étaient sentimentaux.

La Loi Gayssot est menacée comme les lois mémorielles, elle constitue toutefois une digue, une protection.

Jean-Claude Besec a publié une livre sur le fonctionnement des chambres à gaz qui a fait reculer les négationnistes qui travaillaient beaucoup sur les chambres à gaz et disaient n’importe quoi. I Il fallait leur opposer une vraie compétence.

On doit aux Juifs, toutes les structures de la mémoire ; c’est la volonté chez les survivants d’obtenir que la Shoah ne reste pas un événement historique sans la dimension tragique qu’il mérite.

Il faut rendre hommage aux survivants ; ils ont fait le travail de mobilisation entre 1975 et 1995. Un travail décisif, des milliers d’enfants vont à Auschwitz et pleurent devant des chaussures d’enfants. La volonté de l’Etat d’Israël qui a créé Yad Vashem, par une loi.

Les Juifs qui ont survécu ont été à la hauteur de leur tâche.


Renseignements complémentaires : FSJU : 1a, rue René Hirschler - 67000 Strasbourg - tél : 03.88.36.52.19. region.est@fsju.org

Partenaires : FSJU - Fondation pour la mémoire de la Shoah - Crif - UEJF - Région Alsace - Ville de Strasbourg - Conseil Général du Bas-Rhin -


[1] Conseil représentatif israélite de France

[2] Afrique du Sud.

[3] Le personnage de "Si c’est un homme" de Primo Levi.

[4] L’institution d’un jour où tous les étudiants talmudiques étudient tous ensemble, le même jour, le même texte.

[5] Le Jour du souvenir de la Shoah en Israël

[6] Juifs d’Afrique du Nord, de Turquie ou autres contrées, d’origine hispanique.

[7] Grand Rabbin du Bas-Rhin.

[8] Jean Samuel



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4 avril 2014 - Du 19 au 23 octobre 2014 Yad Layeled propose une formation pour les inspecteurs et les conseillers pédagogiques

Séminaire de formation Yad Layeled France Du 19 au 24 octobre 2014, l’association Yad (...)

9 septembre 2013 - Le sauvetage des enfants juifs, 1938-1945 sur France 5 tv

Remarquable film-documentaire disponible en ligne jusqu’au 15 septembre 2013. L’Oeuvre de (...)

7 mai 2013 - Secrets d’Histoire en Israël sur France 2 ce soir : Un homme nommé Jésus

Bonjour à toutes et à tous, "Nous sommes heureux de vous informer de la diffusion ce soir 7 mai (...)

29 avril 2013 - Film documentaire sur Moissac la Juste : "J’avais oublié"

Moissac la Juste Tout d’abord Moissac au début de la guerre est en zone libre, de nombreuses (...)

29 avril 2013 - Livre : Survivre, les Enfants dans la Shoah de Michèle Gans

"Survivre, les enfants dans la Shoah" de Michèle Gans, éditions Ouest-France "Le bien évident (...)

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