Ateliers pédagogiques au Centre Humanisme et Démocratie de Yad Layeled

Avec Raya Kalisman, directrice du centre
mardi 21 mars 2006
par Nadia Darmon.H
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Ce fut l’atelier du séminaire le plus impressionnant, car il nous permettait de rencontrer des jeunes filles arabes- israéliennes, dans toute la complexité de leur Moi. Cet atelier nous a permit de nous interroger sur l’éducation à l’humanisme et à la citoyenneté, par l’analyse fine des stigmates de la Shoah et des génocides. Puis en faire un outil pédagogique dans lequel chacun se reconnaît. L’humanisme et la démocratie doivent pouvoir conduire naturellement à une prise de responsabilités citoyennes dans la Nation de rattachement. Une expérience qui nous laissée bouche bée ! Nous, qui croyions que cette éducation là allait de soi, dans notre monde occidental, avons appris qu’elle se construisait chaque jour de notre vie.

Accéder au sommaire du séminaire.

Atelier pédagogique : Analyses et critiques d’oeuvres picturales de Samuel Back.

Nous abordons ici, un processus mental d’abord intériorisé sur son propre vécu, puis en dialogue avec le groupe, qui part du constat de la perte, et aboutit à cette infime lueur d’espoir qui autorise la reconstruction et la vie.

- 1er exercice : Chacun ferme les yeux et tente de se souvenir des traits physiques d’un de ses proches parents. Et ensuite, évoque dans son groupe, le/les traits dont il se souvient le mieux. Cet exercice va mettre en relief la sélectivité de la mémoire mais aussi sa déperdition : il ne reste que des lambeaux d’un visage aimé.

Répartis par groupes de 4/5 personnes, nous avons choisi une oeuvre picturale (toutes étaient de Samuel Back).

- 2ème exercice : A partir de l’analyse fine des toiles, s’interroger sur les destructions de l’humain et trouver dans l’oeuvre considérée même, des raisons de continuer à vivre, ou à renaître, des raisons de se reconstruire.

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The Family from Samuel Back
Travailler sur le souvenir et la reconstruction.

« Ici, dans ce tableau le peintre a représenté chaque visage d’un proche de sa famille, tel qu’il s’en souvenait, avec des lambeaux de visage, parfois sans visages, on y trouve l’ancêtre qui domine depuis l’obscurité, l’évocation de la Guerre de 1914-1918, les femmes de son souvenir, ma mère, sa tante et une autre femme qu’il n’aurait pas connu ou dont il ne se souvient pas, au-dessus desquelles le haut du chevalet représente une pierre tombale, le souvenir même tenant de sépulture, la longue colonne des Juifs, comme la longue histoire des Juifs, qui marchent en quittant Jérusalem en feu (en 70 av.èc) et qui avance dans le temps et l’histoire, vers les camps de la mort (XX°s). L’oeil attentif repère les personnages vivants, souffrants ou combattifs. Le père ? La Résistance des pères, la Résistance des fils ? le jeune garçon, qui incarne l’espoir de la renaissance. Au centre, un soleil au centre duquel un premier oeil, puis un deuxième oeil. L’espoir et la renaissance, mais aussi la Justice et le souvenir sur lequel se bâtit l’espoir. »

Rencontres avec des étudiantes arabes israéliennes, animatrices au centre Humanisme et Démocratie, animées par Elise Haddad et Raya Kalisman.

Ce centre situé au Kibbutz Beth Lohamei Haguetaot [1], accueille en séminaire, les groupes scolaires israéliens et toutes confessions, et toutes minorités, ainsi que les policiers et les militaires en formation. Ce séminaire est obligatoire dans leur cursus.

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Tsahal au Centre Humanisme et Démocratie
Séminaire obligatoire dans la formation.
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Jeunes militaires de Tsahal
En formation au Centre Humanisme et Démocratie.

Aujourd’hui, nous rencontrons Nyam, Chirin, et Hanin.

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Nyam, Shirin et Hanin se présentent
Etudiantes arabes-israéliennes, bénévoles du centre Humanisme et Démocratie.

C’est d’abord Raya Kalisman, directrice du centre, qui prend la parole : " - Qu’est-ce que vient faire le Centre Humanisme et Démocratie à l’intérieur du Musée des Combattants des ghettos ? Cela ne va pas de soi, ça nécessite une éducation à construire. Pour moi, il s’agit de faire quelque chose de la mémoire des minorités. C’est résoudre l’équation entre l’Universel et le Particulier. L’éducation est une mobilisation permanente de l’enseignement et du politique. C’est la construction de valeurs communes.

Laurent : - Humanisme et Démocratie me semblent un combat qui va de soi.

Raya : - Il y a un effet de miroir entre les Combattants des ghettos et l’humanisme, entre le ghetto et la démocratie. Il faut considérer que l’humanisme est un mouvement de pensée, et la démocratie un système politique décliné sur les systèmes de valeurs. La suite logique dans le système des valeurs des combattants des ghettos, a été de passer de la Résistance dans les ghettos à la lutte contre l’obscurantisme, les dangers de l’antisémitisme, et contre l’oubli. C’est pour cela, que le musée favorise la rencontre et les échanges. Après la Shoah, le monde n’est plus le même ; après la guerre de 1914/1918, les hommes n’ont pas appris grand chose, et encore maintenant.

On a décidé d’enseigner la Shoah dans la perspective d’en faire quelque chose. Il ne s’agit pas de déclarer "on est égaux et on s’aime."

Nous avons des rencontres hebdomadaires avec 25 écoles, chaque groupe travaille de manière homogène, chaque groupe séparément (Juifs, arabes, chrétiens).

On s’interroge comment cela (la Shoah) a-t-il été possible ? Ce n’est pas une question anodine, il y a une préparation préalable à l’approche de la Shoah. Comment on écarte les populations dans l’idéologie allemande ? Comment on trouve toutes les propagandes possibles. Comment on se rend conscients et moins perméables à la propagande ?

Quand les jeunes ont acquis un langage humaniste, tout le monde se rencontre sur 3 jours, et vont traiter de l’actualité et la manière de lutter contre.

Actuellement, nous avons 70 anciens participants aux séminaires qui continuent à venir après le programme. Ils étudient la manière de faire avancer les choses, en travaillant. Par effet de transmission d’un individu à l’autre l’éducation s’effectue. Ils viennent en dehors des heures de classe, après la classe, ou le dimanche et les jours de congés. Ce sont des classes de Seconde et de Première.

Qui finance ? - Des donations privées.

Les sociétés palestiniennes et israéliennes proposent des systèmes d’éducation doctrinaux, d’ici ils repartent avec des questions et des dilemnes, c’est déjà une réussite.

Les programmes ne sont pas différents d’un groupe ou d’une école à l’autre. Mais il y a autonomie des écoles et différentes langues, différentes dates de vacances, l’histoire arabe n’est pas au programme.

Nous les conduisons à se poser les questions au bon moment : faire le lien entre ce qu’ils apprennent et leur vie. Les amener à réfléchir, à définir qui est l’autre, et moi par rapport à l’autre, qui je suis. A partir de ces questions là, ils ont des responsabilités : comment chacun traite son "Autre" (le petit à lunettes, le gros ou le maigre..).

Dans le programme de formation continue, des professeurs viennent toute l’année, ils sont volontaires. Cela dépend de la communauté et de l’école. Il y a un nombre important d’enseignants.

Par exemple, un enseignant musulman a tenté pendant 4 ans, de faire venir un groupe d’une école, et n’a pas réussi. En revanche, les professeurs d’une autre école arabe se sont battus contre le directeur hostile. Les élèves sont revenus avec un tel enthousiasme, que l’appui des professeurs et celui du directeur sont acquis pour l’an prochain.

Du village de Kfar Yassif, nous avons 140 participants dont 20 viennent toute l’année. C’est le résultat de 10 ans de travail. Nous travaillons sur la formation et la prise de responsabilités à l’intérieur de leurs groupes respectifs. Il y a également passage de relais aux générations ; un groupe pilote ensuite les parents, et le groupe d’âge plus jeune, et ainsi de suite...tout le village nous rend visite.

C’est ainsi que se forme la future société israélienne."

Le travail du centre est-il connu de la Palestine ?

" - On a des difficultés à travailler, car il y a une réalité. Il est difficile de nous rencontrer, cela se déroule à petite échelle, chaque année une délégation nommée "Camp de la Paix" se réunit en Italie.

Le peuple palestinien n’est pas ouvert à la souffrance de l’Autre, mais l’expérience accumulée ici, sera un "trésor à partager" , lorsque la paix sera activée.

Les grosses difficultés dans la réalité d’un jour, était de rencontrer Nyam, jeune arabe-israélienne :

Nyam, quelles sont vos motivations à venir au centre Humanisme et Démocratie ?

" - Quand je suis arrivée, je suis venue en colère, pour me battre en tant qu’arabe-israélienne. Le Juif était le méchant, responsable de mes malheurs. Durant ces rencontres, l’animatrice a réussi à sortir ma colère. J’ai pleuré, j’ai crié : "Vous les Juifs, vous nous voyez à travers le peuple palestinien ?"

Je me suis rendue compte que les deux dimensions étaient compatibles et je leur ai dit : "Vous avez pris toute ma colère, je ne sais pas où elle est passée."

Quel regard porte l’ensemble du pays sur Yad Layeled ?

Raya : " - Nous ne sommes pas rejetés, mais on ne se jette pas sur nous pour faire comme nous. Des fonctionnaires à l’esprit étroit mais ça c’est un pléonasme...je voulais dire un bureaucrate à l’esprit étroit, employés des ministères, de temps en temps, disent "Est-ce que c’est bien ?" Cela depend des options politiques qui dépendent des élections qui dépendent de l’opinion."

Hanin : "Je voulais ajouter que ce n’est pas seulement la politique, chaque événement déclenche des difficultés ; c’est pourquoi on travaille sur des points précis et on surmonte les difficultés à l’intérieur des familles mêmes. On essaie de travailler sur notre quotidien, on marche entre les gouttes... Depuis la création du centre il y a dix ans, tout se complique...maintenir notre loyauté avec la complexité, ça demande des efforts permanents et si on ne fait pas ces efforts là, c’est infaisable."

Jocelyne : " Comment ont-elles réglé le problème triangulaire arabe/israélienne/religion ?"

Chirin : " - Je vais essayer de répondre même si la question n’est pas claire. Ecouter la douleur de l’Autre n’est pas trahir ce que je suis. Je ne peux pas m’identifier à 100% à Israël, mais je peux être dans la même salle qu’un Israélien qui me dit : "Je suis Juif et j’ai ma place ici." Personne ne vous force à croire à l’éducation humaniste mais je pense que ce qui est bien pour moi, est sûrement bien pour les autres. Si le caricaturiste danois s’était posé la question ainsi : "cela fait-il du mal à quelqu’un ?" il n’aurait pas publié les caricatures."

Hanin : " - Ce n’est pas un hasard si c’est le centre Humanisme et Démocratie, et pas un centre juif et arabe. Il s’agit de traiter de l’être humain. Ma religion c’est davantage l’humanisme en tant qu’humain, que ma religion : le monde n’est pas divisé en religions."

Jocelyne : " - Pour une question pas claire, les réponses le sont."

Nathalie : " - Quelle est la langue utilisée par les ateliers ?

Elise : " - La même que celle de l’animateur, pour connaître les élèves, entrer dans leurs réflexions et leurs réactions corporelles. On essaie en hébreu, car lorsqu’ils se rencontrent et ils sont tous amenés à se rencontrer et à parler en hébreu. Mais ils peuvent s’exprimer en arabe, un animateur peut comprendre en arabe aussi. Il y a 5 secteurs d’enseignement : tous subventionnés et agréés, un même programme, un même baccalauréat. Chacun ajoute un module de base spécifique à son secteur. Se rencontrent après le baccalauréat, ouvriers, religieux, arabes, kibboutzniks, militaires, policiers... Tous les films projetés sont sous-titrés en arabe, la langue n’est pas une barrière.

Hanin et Chirin enseignent aussi ailleurs."

"Le travail effectué ici, a-t-il permis aux Juifs d’entendre la souffrance Palestinienne ?"

Nyam : " - Bien sûr, le processus en tant que arabe-israélienne que j’ai vécu, les élèves Juifs l’ont connu aussi. On s’est rencontré et on a parlé, et nous avons créé un vrai dialogue."

Chirin : " - Même si on est dans un pays où on vit dans le doute on peut partager sa douleur. Aucune rencontre ne se réalise sans préjugés. Il y avait une fois, une petite troupe de théâtre qui s’était constituée dont un jeune arabe et une jeune juive, l’un a dit " - J’ai peur." la jeune fille a posé sa main sur son coeur et elle a dit : " - C’est la première fois que j’ai constaté que les arabes avaient un coeur !".

Quelles universités fréquentez-vous aujourd’hui ?

Hanin : " - l’Université hébraïque de Jérusalem, en communication. Chirin : - Le Collège d’éducation arabe de Galilée. Nyam : - Le Collège Eprek d’Israël, je suis en première année de Psychologie.

Pourquoi n’y at-il pas eu de garçons présents à cette rencontre ? Elise : "- Deux animateurs du centre devaient venir, et ont eu un empêchement indépendant de leurs volontés."

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Yad Layeled - France

Cette expérience s’inscrit dans le cadre d’un séminaire Yad Layeled destiné aux enseignants francophones, qui a lieu chaque année pendant les vacances de février. Pour tous renseignements, cliquez sur le lien en haut de page ou consultez : www.ghf.org.il Contact : mgans@ghf.org.il

Un sommaire dans la même rubrique vous pilotera vers les autres modules du séminaire, en cliquant sur les titres.


[1] Kibbutz des combattants des ghettos.



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