Les Carrières

mardi 27 juillet 2004
par Nadia Darmon.H
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Les Carrières

du provençal "la rue",

Sont le terme employé sur les terres des Papes d’Avignon, pour désigner la rue ou le quartier juif où la population juive en son entier devait résider. Le mot ghetto n’a jamais eu cours à propos des quatre Saintes Communautés d’Avignon, de Carpentras, de Cavaillon, de l’Isle-sur-la-Sorgue.

Afin de vivre conformément à de nombreuses règles de vie définies par la Loi Juive, près de la Synagogue, du Mikvé, de l’école, des marchands, et de ses corréligionnaires, les Juifs se tenaient les uns près des autres, solidairement, pour se protéger et se rassurer, dans un même quartier voire une seule rue. Le pouvoir ecclésiastique avait tout fait pour les tenir à l’écart de leurs ouailles Chrétiennes, privés de la propriété foncière, privés de l’exercice des métiers corporatistes, empêchés d’employer des Chrétiens, de prendre des repas en commun etc..

La seconde moitié du XV° siècle marque la fermeture à clés le soir du ghetto ou de la Carrière dans le Comtat Venaissin. Le regroupement est devenu une obligation de droit.

"L’Etrange Carrière de Carpentras"

Extrait de : "JUIFS du Languedoc, de la Provence et des Etats français du Pape, de Armand Lunel, éd : Albin Michel.

Les Carrières : Une rue bâillant sur de courtes impasses et fermée par des portes à chaque bout. Arrêtons-nous sur celle de Carpentras, puisque c’était la plus peuplée, la plus étrange, la plus lamentable. A la suite des amputations ourdies par le Conseil de la Ville de plus en plus jaloux de l’activité économique des Juifs, rien de plus finalement que la seule rue de la Muse ; le sol en terre battue jonché une fois par semaine d’une couche de paille fraîche trop vite salie par les eaux ménagères qui, faute d’égouts, s’écoulaient en plein air ; çà et là des cours intérieures, des patios dont, dans une des parties les moins étroites, un seul à être dallé - luxe surprenant ! - portant le sobriquet de son riche propriétaire, Lou Barda de Cacan, le pavé de Cacan. Aux deux sorties, toutes les autres issues étant bouclées, une lourde porte encastrée dans la maçonnerie gothique avec ses panneaux de chêne et les mêmes barreaux de fer, les mêmes serrures que pour une prison ; Le passage était ouvert dans la journée, mais fermé jusqu’au matin dès sept heures du soir de la Saint-Michel à Pâques, et depuis neuf heures, de Pâques à la Saint-Michel, sous la surveillance à l’extérieur de portiers chrétiens appointés par la Carrière au traitement annuel de 400 livres, plus le logement, plus la fourniture du fanal et de l’huile pour le fanal ; ces gardiens avaient la consigne de n’ouvrir la nuit qu’en cas d’urgence, incendie, accouchement.

Toutes les fenêtres chrétiennes ouvrant sur la Juiverie, condamnés, comme toutes les fenêtres juives donnant sur la Chrétienneté. Défense aussi d’agrandir la Carrière ; or celle-ci ne mesurait que 88 mètres de long pour une moyenne d’un millier d’habitants répartis dans 168 maisons. "Les Juifs, disent les Statuts du Comtat, pullulent d’une façon extraordinaire, puisque tous se marient dans leur plus verte jeunesse." Il en résultait une crise du logement ; les Juifs de Carpentras, pour y remédier, imaginèrent la vente des immeubles par appartements ; et autre invention, dont on ne se doute pas à New-York, ce furent eux qui en ce temps-là édifièrent les premiers gratte-ciel ; car il leur fallut, par un système de surélévations successives, aussi hardies que fragiles, gagner en hauteur ce qui leur manquait en superficie ; et les maisons de la Carrière, grimpant d’année en année, arrivèrent à atteindre - ce qui paraît inimaginable pour l’époque - dix étages.

De l’une à l’autre des passages étaient ménagés pour échapper aux agresseurs en cas d’émeutes. Toutes les commodités faisaient défaut, tant au point de vue de l’hygiène que du confort : les appartements exigus, les cheminées mal bâties et dangereuses ; et les indigents étaient logés sour les toits.

Cette pauvre et si bizarre Juiverie est tombée, au cours du XIX° siècle, sous la pioche des démolisseurs. Pour l’imaginer, il faut aller la découvrir au musée de Carpentras, sur un tableau panoramique composé par un artiste du pays, Denis Bonnet, au début du XIX° siècle, et qui représente la ville et ses remparts : des remparts qui, eux aussi, ont disparu. On mesure alors sur cette toile comment la Carrière apparaissait de loin aux voyageurs, aussi pointue, aussi haute qu’un monstrueux et géant pain de sucre. Saluons-la ! Grouillant de vie, avide d’air, elle surplombait vertigineusement les toitures basses, paisibles et régulières des Chrétiens ; elle poussait, elle frayait verticalement sont chemin ; elle escaladait douloureusement le ciel ! Mais sans doute ne faut-il pas exagérer cette impression de tristesse. Voici pourquoi : entre les immeubles ainsi surélevés, il est exact que l’azur du ciel ne se laissait plus saisir que par une mince, une avare échancrure de lumière ; mais n’oublions pas que c’était le ciel chaleureux du Midi. Comme dans les vieux quartiers maritimes de Marseille, de Nice, de Gênes, de Naples, tout un vif bariolage de linge à sécher s’étendait entre les fenêtres. Un véritable et perpétuel pavoisement !

Au rez-de-chaussée, de petites portes cintrées laissaient entrevoir un escalier en colimaçon aux marches branlantes, tandis que les boutiques basses des tailleurs, des fripiers et des brocanteurs, tout un bric-à-brac de hardes, de vieilleries, de bouteilles et de ferrailles se succédaient comme dans un souk du Maghreb ou du Proche-Orient. Marchands et commères s’interpellaient bruyamment, joyeusement, malicieusement dans leur patois hébraïco-comtadin ; et le long des façades glissaient des cordes à puits qui montaient les paniers de provisions et le courrier tout le long des étages.

Mais défense aux Juifs de coucher hors de la Carrière sous peine de fouet, sauf permission spéciale de trois jours par mois s’ils ont à se rendre pour affaires dans leurs entrepôts ou leurs écuries en campagne.

Défense dans leurs convois funèbres sous peine d’amende et autres peines corporelles, de psalmodier, de tenir des flambeaux ou des cierges ; obsèques sans aucun apparat, silencieuses et presque clandestines ; le défunt était simplement transporté dans une cape de drap noir jusqu’au cimetière hébraïque situé à une assez longue distance extra muros ; celui de Carpentras aux abords de l’aqueduc monumentale, tel qu’on peut y recueillir encore de nos jours : entre de hautes murailles patinées par les siècles, une immense garrigue ; çà et là la flamme sombre des cyprès ; des bosquets de pins, de lauriers et de chênes ; les tombes perdues sous le déferlement aromatique des herbes sauvages et les plus anciennes s’enfonçant peu à peu dans la terre pour y disparaître rituellement.

L’origine de la propriété remonte à 1370, moyennant une redevance annuelle de six livres d’épices ; et l’achat fut conclu au prix de 38 florins d’or, avec cette réserve pour le vendeur de continuer à y faire paître ses troupeaux ! Un vigne y fut jointe par la suite pour la fabrication du vin cacher."



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