La Révolte des Maccabées : une vue politique de Hannuka

Le prix de la liberté religieuse
mercredi 5 décembre 2007
par Nadia Darmon.H
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L’histoire de Hanouccah est une longue bataille pour la conquête de la liberté religieuse et l’indépendance politique de Juda (la Judée). L’une sacrifiant parfois à l’autre. C’est probablement le point de départ de ce qu’on appelle l’Espérance messianique, dès lors que le Peuple Juif se vit menacé pour la première fois, de disparaître dans son essence spirituelle.

En 198 avant l’ère chrétienne, [1] Jérusalem passa du joug des "Grecs du sud", les Ptolémées, au joug des "Grecs du nord", les Séleucides, sous le règne de Antiochus III. Les Juifs de Judée jouissaient alors et d’autonomie et de liberté religieuse.

Tout bascula en -175 av.èc, lorsque accéda au trône Antiochus IV Epiphane (le fou) qui entreprit l’unité culturelle des peuples de l’Empire, en imposant le culte des dieux grecs [2]. L’hellénisme fit des adeptes parmi la population juive, et certains en adoptèrent les vêtements et les moeurs, instillant ainsi une déjudaisation du peuple. Des conflits en résultèrent, ainsi en -169 sous prétexte de rétablir l’ordre, l’empereur pénétra dans le Temple et le pilla, provoquant des émeutes dans la ville. Antiochus Epiphane réprima violemment et fit massacrer un grand nombre des habitants de Jérusalem, détruisant partiellement remparts et bâtiments, installant une garnison face au Temple, sur la colline ouest, la citadelle Akra qui resta un bastion grec durant les années d’affrontements.

Les Juifs de Judée abordaient ici la phase d’hellénisation à outrance, le Temple fut dédié à Zeus, des rites païens furent pratiqués par les troupes, des porcs y furent sacrifiés, les Rouleaux de la Torah furent détruits. La non-observance des rites grecs comme l’observance des rites juifs (Shabbat, fêtes, circoncisions ...) furent passibles de mort. Des Juifs "pieux" ou "hassidim" pris à observer le judaïsme en secret, étaient exécutés. Cette résistance passive, passa à l’action de résistance armée, généralisant la répression violente.

En -167 av.èc, la révolte donna le signal d’un affrontement qui n’avait pour but que la libération et la "purification" du Temple de Jérusalem, avec pour seule ambition, recouvrer la liberté de culte ; il n’y avait pas alors d’ambition politique. La révolte était conduite par des hassidim, soucieux de l’intégrité du Temple et du culte.

Les rebelles juifs constitués en petits groupes épars dans la montagne, mal organisés et peu armés, attaquaient les positions aux abords de Jérusalem, en tentant d’isoler la garnision principale installée dans la Cité. C’est à Modiin (30 km de Jérusalem, vers Lod) que survint l’événement qui fit entrer Mattathias, de la Maison d’Asmon [3], et ses fils dans l’histoire. Des soldats imposèrent à Mattathias, le patriarche, de célébrer le culte public en immolant des porcs. Alors qu’il refusait, un juif hellénisé s’avança pour obéir aux ordres. Mattatias courut alors et égorgea le juif et le soldat du roi, puis exhorta le peuple à le suivre dans la montagne.

Quelques mois plus tard, Mattathias mourut, et son fils Judas prit le commandement, sous le nom de Maccabée - en hébreu marteau - Judas se révéla un chef militaire plein de ressources, il transforma la guérilla en une véritable armée de libération. Le livre des Maccabées cite quatre principales batailles victorieuses : une contre le général Apollonius puis le général Séron à Béthoron près de Modiin, celle de Emmaüs à l’ouest de Jérusalem et celle de Beth-Tsur au sud. Les voies d’accès vers Jérusalem étant libres, Judas rassembla les Maccabées et montèrent à la montagne de Sion, découvrant un spectacle de désolation du Temple et ses alentours, l’autel profané, les portes brûlées, la végétation avait tout envahi. Judas donna l’ordre de combattre les Séleucides restés dans la Citadelle, jusqu’au dernier.

La nouvelle dédicace du Temple eut lieu : "Le vingt-cinq du neuvième mois [4]", trois ans jour pour jour après sa profanation. "Judas décida avec ses frères et toute l’assemblée d’Israël que les jours de la dédicace du nouvel autel seraient célébrés en leur temps chaque année pendant huit jours, avec joie et gaieté."

Mais si le récit de la fête de Hanouccah s’arrête là, au miracle de la fiole d’huile qui brûla durant huit jours, alors qu’elle ne contenait la quantité suffisante que pour un seul jour. Si la fête a retenu que c’était la victoire du bien sur le mal, de la liberté sur la persécution, de la vie sur la menace d’anéantissement du peuple juif ; l’histoire politique de la Judée se poursuivit.

Les Maccabées et les Juifs pieux n’occupèrent que le Mont du Temple, laissant la Cité à proprement dit, aux Grecs et aux apostats, protégés par la garnison de la citadelle d’Akra. Un face à face de cent mètres de séparation dura vint-trois ans, faits de harcèlements, de combats, de trêves. La mort d’Antiochus Epiphane en -163, diminua la pression, et la mort de Judas à la bataille d’Elassa (à 20 km de Jérusalem) laissa le commandement à son frère Jonathan.

La succession Séleucide exprima la volonté d’une politique plus clémente à l’égard de la religion juive, et proposa un accord avec Jonathan qui, investi des fonctions cumulées (pour la première fois et en contradiction avec la tradition juive de séparer le pouvoir civil du pouvoir religieux) de gouverneur de la Judée, et de Grand Prêtre, par le roi Démétrius, entra dans Jérusalem en -152 av.èc. Il entreprit de reconstruire la Cité, de relever les fortifications, de libérer le territoire et reconquit Jaffa, Ashkelon, Ashdod. Alors que la Citadelle d’Akra resta aux mains des Séleucides. Jonathan fut assassiné par un général séleucide en -143 av.èc. Ses frères Jean et Eleazar ayant été tués sur le champ de bataille, c’est Simon qui prit la succession.

En -141 av.èc, la citadelle d’Akra fut défaite, une assemblée solennelle réunie à Jérusalem conféra à Simon les titres de "Grand Prêtre", "stratège et ethnarque des Juifs", ces titres furent assimilés à la royauté par la suite, et devinrent héréditaires. Une monnaie juive fut frappée sans l’effigie de Simon. C’est avec Simon que commence la dynastie des Asmonéens, qui se perpétua jusqu’à la conquête romaine par Pompée, en -63 av.èc, avec une reprise de 40 à 37.

Ce fut une période stable et prospère, le territoire non divisé de l’époque de David et de Salomon est reconstitué, les marchands et les pélerins affluent, les constructions se développent. Simon fut assassiné en -135 av.èc. Le pouvoir passa à Jean-Hyrcan, qui profitant du déclin séleucide put agrandir son état, en englobant une partie de la Transjordanie à l’est, Samarie au nord, et le pays d’Edom (Idumée) [5] au sud.

A l’époque des conflits opposaient les Sadducéens et les Pharisiens ; les Sadducéens étaient de strictes observants des commandements écrits de la Torah, avec le Temple pour centre religieux, ils soutenaient la classe sacerdotale et cautionnaient la réunion du pouvoir religieux et politique sous l’autorité du Grand Prêtre. Les Pharisiens étaient partisans de la séparation du religieux et du politique, mettant à égalité la Loi écrite et la Loi orale, les commentateurs laïques de la Torah et les prêtres, préférant défendre les valeurs religieuses que l’indépendance politique.

Ce conflit ne cessa de s’aggraver et de mettre en péril l’Etat. Avec Jean Hyrcan, puis Judas Aristobule et Alexandre Jannée qui réprima avec cruauté les Pharisiens. Mais avec Salomé Alexandra qui succéda à Alexandre Jannée, et qui régna de 76 à 67 av.èc, ce sont les Sadducéens complices du massacre des Pharisiens qui furent mis à mort. Salomé avait nommé son fils aîné Hyrcan, Grand Prêtre, et à la veille de sa mort, son deuxième fils Aristobule se proclama roi avec l’appui des Sadducéens. C’est Antipater, chef de l’Idumée et père du futur Hérode, qui conseilla à Hyrcan de se réfugier à Pétra chez le roi des Nabatéens, qui se fit un allié pour la reconquête de la Judée. Aristobule affaibli, se retrancha dans l’enceinte du Mont du Temple à Jérusalem.

Au même instant, Pompée venait de conquérir l’Arménie, et avait dépêché un corps d’armée pour prendre Damas. Le général Scaurus qui eut vent du conflit qui déchirait la Judée au sud, y vit "une affaire juteuse" et vendit son concours à Aristobule pour "400 talents", aussitôt, la menace romaine fit lever le camp des Nabatéens, et Aristobule retrouva son trône. Pompée qui était en route pour Damas, une fois sur place, entreprit de prendre Jérusalem et la Judée. Les partisans d’Aristobule opposèrent une résistance à mort, et Aristobule fut fait prisonnier. Tandis que les partisans de Hyrcan prônant la soumission ouvrirent les portes de la ville haute de Jérusalem, et Pompée y entra triomphant.

Après trois mois de résistance, les romains qui avaient comblé les fossés profonds de 18 m et de 75 m de large qui les séparaient de l’enceinte nord, et armés de béliers et de machines réussirent une percée. Comme c’était un jour de jeûne, ce fut un massacre total.

Jérusalem fut mis désormais sous l’autorité de Rome, Hyrcan réintégra ses fonctions de Grand Prêtre, les fils d’Aristobule, Alexandre et Mattathias Antigonos furent emmenés captifs à Rome, d’où ils s’évadèrent...seul Antigonos retrouvera quelques temps le trône de Juda. C’était en -63 av.èc.



La fête de Hannouccah qui commémore l’inauguration du Temple libéré et purifié (le miracle de la fiole d’huile), est fixée au 25 du mois de Kislev (décembre) et finit huit jours plus tard, le 2 du mois de Tévet (janvier). La tradition célèbre cet événement chaque année avec l’allumage dans chaque famille, d’une lumière (bougie) placée à droite qui s’ajoute à une autre chaque jour jusqu’à former un chandelier complet de huit flammes sur une même rangée. Le neuvième étant le Shamesh (ou Chamach), le veilleur avec lequel on allume. L’allumage se déroule à partir de la gauche vers la droite, pour symboliser le processus qui va de la nuit vers la lumière. Le chandelier est appelé Hannukiah, à neuf branches, et se distingue du chandelier à sept branches appelé Ménorah, emblême du Peuple Juif, notamment dans le Temple de Jérusalem.


[1] Source : "Jérusalem ville sacrée de l’humanité" de Théodore Kollek et Moshe Pearlman, éd. France-Empire, Paris.

[2] On entend ici par grecs, les Assyriens de culture grecque.

[3] Qui donna le nom de la dynastie des Asmonéens.

[4] En décembre.

[5] Les Iduméens, qui se convertirent au Judaïsme, donnèrent le roi Hérode le Grand.



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