L’abbé Antoine Guénée (1717-1803)

ou alias Isaac Pinto ?
dimanche 24 janvier 2010
par Frédéric Viey
popularité : 1%
6 votes

Dans ’’L’Israélite Français’’, Journal Communautaire et premier mensuel du Judaïsme français, qui paraîtra de 1817 à 1819, un article très élogieux fut rédigé sur l’abbé Guénée dans son premier numéro : ’’M. Guénée est décédé à Fontainebleau le 27 novembre 1803 à l’âge de 84 ans. La première édition de ses ’’Lettres’’ est datée de 1769’’.

Jacob Rodrigue Pereire, Agent des Juifs Portugais et Espagnols de Bordeaux et de Bayonne, a-t-il sciemment confondu M. Pinto, notable de La Haye et Isaac Pinto, pseudonyme de l’Abbé Antoine Guénée, auteur des ‘’Lettres de quelques Juifs Portugais….’’, lors de la compilation des différentes Lettres Patentes données par les Rois de France en faveur des Juifs Portugais et Espagnols ? C’est fort possible et l’erreur a été colportée à travers les siècles notamment par Henri Léon dans son ‘’Histoire des Juifs de Bayonne’’.

L’ABBE GUENEE

Qui était l’abbé Antoine Guénée, ce philosémite des “Lumières” ?

Dans son Traité sur la Tolérance Voltaire dit : “contre l’intolérance, n’avons nous pas les témoignages des philosophes et des hommes d’église : St Augustin, St Bernard, Flechier, Fénelon ? Attachons donc moins d’importance aux dogmes incertains qu’aux actes vertueux, et les persécutions feront place à la tolérance universelle : “Je vous dis qu’il faut regarder tous les hommes comme nos frères : quoi ! mon frère le Turc ? mon frère le Chinois ? le Juif ? le Siamois ? Oui sans doute : ne sommes nous pas tous enfants du même père et créatures du même Dieu ?” Comment le sieur François Marie Arouet peut-il parler ainsi, nous connaissons son anti-judaïsme et ses prises de position contre les juifs de son époque ? Il poussera la cruauté à se moquer de l’ordonnancement d’un autodafé au Portugal où bien sûr les acteurs principaux sont des juifs. Que n’a-t-on fait pour exonérer ce philosophe “optimiste”, en faisant passer ses mesquineries antireligieuses pour une lutte contre le fanatisme calotin. Aux yeux du peuple juif, il ne sera jamais le “candide” dont il veut se parer notamment en lisant le texte qui suit :

Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du Pays n’avaient pas trouvé moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel autodafé ; il était décidé par l’université de Coimbre que le spectacle de quelques personnes brulées à petit feu en grande cérémonie est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui, en mangeant un poulet, en avaient arraché le lard ; on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour l’avoir écouté d’un air d’approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé du soleil ; huit jours après ils furent tous deux revêtus d’un san-bénito et on orna leurs têtes de mitres de papier ; la mitre et le san-bénito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites. Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d’une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu’on chantait ; le Biscayen et les deux hommes qui n’avaient pas voulu manger le lard furent brûlés et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.....”.

Gérard Israël, dans son livre “Provences”, commet une grave erreur quand il dit : “Isaac Pinto devait polémiquer avec Voltaire qui s’en prenait avec d’égout et férocité aux juifs qu’il considérait comme l’exemple même du fanatisme religieux.” L’auteur de Candide avait néanmoins écrit au bout de sa diatribe : ’’il ne faut pourtant pas les brûler’’. Ce qui avait amené les Portugais et les Allemands à répliquer que si les Juifs étaient bien ce que M. de Voltaire disait d’eux, il fallait au contraire les brûler comme juste châtiment de leur vilénie. Je dirais modestement à M. de Voltaire qu’un grand nombre de ceux qu’il traite si cruellement voudraient plutôt être brulés que de mériter ces imputations heureusement gratuites. Tel avait été l’essentiel de la réponses des juifs de Paris dans un ouvrage de cinq cents pages paru en 1772 sous le titre de “Lettres de quelques juifs portugais et allemands à M. de Voltaire avec deux réflexions critiques et un petit commentaire extrait d’un plus grand’’. Un incroyable “quiproquo” historique dû à l’abbé Guénée et à ses éditeurs a permis la confusion entre un juif hollandais nommé Isaac Pinto et Pinto alias l’abbé Guénée véritable auteur des “Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire”. Ayant eu connaissance de ’’Apologie pour la nation juive’’ adressée à Voltaire par un juif hollandais Isaac Pinto (1762), Antoine Guénée entreprit de la plagier. La notice sur la vie et sur les œuvres de M. l’abbé Guénée précise bien : “... il emprunta le nom de quelques juifs étrangers, en leur conservant toujours le caractère qu’ils devaient avoir”, ceci est confirmé par la préface des éditeurs mise à la tête de la cinquième édition, faite en 1781 dont voici un extrait :

“On a publié, il y a quelques années, sous le nom de Lettres Juives  [1], un ouvrage dont les chrétiens ont cru avoir lieu de se plaindre. Aucun des enfants de Jacob ne les ayant avouées, aucun n’ayant été convaincu de les avoir écrites, c’est une preuve que les prétendus Juifs, auteurs de ces Lettres, sont autant de personnages supposés, et que toute leur correspondance était imaginaire. Qui de nous aurait l’impudence de déclamer contre ceux qui nous tolèrent, et de jeter du ridicule sur leurs opinions, leurs cérémonies et leurs usages ? On ne trouvera rien de pareil. Justifier notre nation accusée par un écrivain célèbre ; faire connaître à cet écrivain quelques unes des erreurs qui lui sont échappées parlant de nos livres saints, et l’engager à réformer dans sa nouvelle édition, c’est tout ce qu’on propose dans ce recueil, qui ne doit point déplaire aux chrétiens....”. En nota bene de ce texte, il y a : “On sait que la partie ayant pour titre : Lettre de quelques juifs portugais, forment les pages 1 à 46 du Tome 1er, sont d’Isaac Pinto....”.

Toujours est-il , pauvre René Cassin qui siège au Panthéon près de Voltaire alors que Mirabeau, admirateur de Moïse Mendelsohn et philosémite par conviction, en fut exilé. Un de nos hommes politiques, encenseur de la République, n’attaqua jamais frontalement Voltaire lors de la commémoration du Bicentenaire de l’Emancipation des Juifs de France. A propos du soi-disant Pinto, défenseur des Juifs contre le philosophe des Lumière, il a commis la même erreur judiciaire que les autres historiens qui gommaient le rôle de l’avocat des Juifs et du premier sioniste avant la lettre non juif : l’Abbé Antoine Guénée. Il est étonnant que quasiment aucun historien français contemporain, juif de surcroit, n’ait pris la peine de lire les plus beaux textes sur les Juifs et sur la Palestine et s’ils l’ont fait, ils en ont dénaturé la substance et les mettant inconsidérément au profit du fameux ‘’Isaac Pinto, juif hollandaits, sollicité par ses coreligionnaires de Bordeaux’’.

L’Abbé Guénée

L’abbé Guénée est né à Etampes, le 25 novembre 1717 d’une famille pauvre. Adolescent, il rentre au Séminaire, fait des études à Paris, est reçu agrégé de l’Université de cette ville et ensuite remplaça Rollin à la chaire de Rhétorique au Collège du Plessis. Après vingt ans de loyaux services dans cette institution il prit sa retraite et se livra tout entier à l’étude approfondie des autres religions. cOr, l’abbé Marie, son ami de toujours, vint le tirer de sa retraite et lui demanda de partager ses nouvelles fonctions de précepteur des fils du Comte d’Artois ; les futurs Comtes de Provence et d’Angoulême. En dehors de ses occupations avec les jeunes princes, Antoine Guénée apprit en ces circonstances l’hébreu, le grec et d’autres langues modernes notamment l’anglais. Ayant un peu approfondi le Judaïsme, il écrivit : ‘’Lettres de queqlues Juifs Portugais, Allemands et Polonais à M. de Voltaire’’ et en cela opposa le ridicule à la raison ; au cynisme, la décence ; à l’emportement, la modération ; à la mauvaise foi, la candeur, à l’ignorance, le savoir et à l’imposture, la vérité. Mais afin de combattre son ennemi, il emprunta le nom de quelques Juifs étrangers, en leur conservant toujours le caractère qu’ils devaient avoir. Il adressa à Voltaire tantôt de longues ‘’lettres’’, tantôt un ‘’petit commentaire extrait d’un plus grand’’, pour relever les erreurs, il ne laissa aucune difficulté sans réponse. Nouvel athlète entré en lice, l’abbé Guénée pressa ainsi son adversaire sans le harceler, le confondit sans l’insulter et Voltaire ne répliqua pas, il rendit même à l’auteur toute la justice qu’on peut attendre d’un homme vain et passionné , qui, pour éviter l’aveu de sa défaite a recours à de mauvaises plaisanteries. N’écrivit-il pas à Dalembert le 7 décembre 1776 : ’’ Le secrétaire des Juifs nommé Guénée, n’est pas sans esprit et sans connaissances, mais il est malin comme un singe, il mord jusqu’au sang, en faisant semblant de baiser la main. Heureusement un prêtre de la rue St Jacques, desservant d’une Chapelle de Versailles, qui se fait secrétaire des Juifs, ressemble assez à l’aumônier Poussatin du Comte de Gramont. Tout cela faire ire le petit nombre de lecteur qui peut s’amuser de ces sottises’’. En complèment des ‘’Lettres’’, Antoine Guénée ajouta des considérations sur la législation mosaïque.

Professeur d’éloquence en l’Université de Paris, l’abbé Guénée fut reçu associé de l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres en 1773 en remplacement de M. Le Bau. Désirant concourir à ses travaux, il y lut quatre mémoires sur la Judée, considérée principalement par rapport à sa fertilité. L’abbé Guénée donna cinq éditions à son ouvrage, la première parut en 1769 et la dernière en 1871. Il produisit ainsi un grand bien en faisant revenir les esprits prévenus, mais de bonne foi, qui se jouant de ‘’son siècle, avait moins de grâce à plaisanter que de hardiesse à écrire tout ce qui lui plaisait’’, comme Cicéron le disait à Epicure. La Révolution française détruisit le corps littéraire de l’Académie des Belles-Lettres et le priva de ses élèves princiers . Il acheta alors un petit domaine près de Fontainebleau, l’exploita mais ne sachant vraiment le gérer le revendit. Il se fixa ensuite à Fontainebleau même, rue Saint-Merry, où il mourut le 27 novembre 1803, à l’âge de quatre-vingt quatre ans. Son corps fut inhumé dans le cimetière de l’hospice (hôpital) du Mont-Pierreux. Les registres des décès de la Mairie de Fontainebleau conservent encore l’acte de décès d’Antoine Guénée :

’’ Du sixième jour de frimaire l’an douze de la République, 9 heures du matin. Antoine Guénée le 28 novembre 1803 - Acte de décès de Antoine Guénée, célibataire décédé le jour d’hier à deux heures du soir, profession de pensionnaire ecclésiastique demeurant à Fontainebleau fils de .... Antoine Guénée et de Feue Marie Barbe Toulier.

Constaté suivant la loi, par nous Gabriel Louis Janin Changeart, Maire de la ville, faisant fonction d’officier public d’état-civil sur déclaration à nous faite par le citoyen Claude Nicolas Delaborde demeurant ..... âgé de 73 ans et .... Joseph Lemair âgé de 35 ans.

Lecture du présent acte faite auxdits déclarants, ils ont signé avec nous.

Delaborde Joseph Lemair Janin Changeart’’.

2

A propos du Peuple Juif 3

Dans une note sur James Darmesteter à propos du Mosaïsme, André Spire parlait des réflexions de l’abbé Guénée en ces termes :

’’ Pour l’abbé Guénée, comme pour Salvador, le Peuple Juif avait, dès l’antiquité, connu, en quelque sorte, le régime représentatif auquel aspiraient alors beaucoup de français. ’’Un Sénat formé des membres les plus distingués de toutes les Tribus.... sert de Conseil ; il (le chef) en prend les avis dans les affaires importantes, et s’il s’en trouve qui intéressent la nation entière, ’’toute la Congrégation’’, c’est-à-dire ’’l’Assemblée du peuple’’, ou, pour parler selon vos usages, ’’les Etats’’ sont convoqués ; on propose, ils décident, ’’ces assemblée sous Moïse, lorsque les Hébreux formaient un corps d’armée, ressemblaient assez aux assemblées des Grecs décrites dans l’Illiade, et aux assemblées du Peuple à Athées, à Lacédémone, à Rome, etc. Il y a quelque apparence que, dans la suite, elles ne furent composées souvent que des Députés et Représentants du Peuple, à peu près comme les ’’ Parlements’’ d’Angleterre, les ’’Etats’’ de Hollande, etc...’’

A propos de la Terre Promise

Dans son “ Dictionnaire philosophique Voltaire, caustique, ne considère nullement la Palestine comme la Terre Promise “où coulait le lait et le miel”. Il écrivait à ce sujet : “Je n’ai pas été en Judée. Dieu merci, et je n’irai jamais. J’ai vu des gens de toutes les nations qui en sont revenus. Ils m’ont tous dit que la situation de Jérusalem est horrible, que tout le pays d’alentour est pierreux, que les montagnes sont pelées, que le fameux Jourdain n’a pas plus de 45 pieds de large, que le seul bon canton de ce pays est Jéricho. Enfin, ils parlent tous comme parlait Saint Jérôme qui demeura si longtemps dans Bethlehem, et qui peint cette contrée comme le rebut de la nature. Il dit qu’en été, il n’y a pas seulement d’eau à boire. Ce pays cependant devait paraître aux juifs un lieu de délices en comparaison en comparaison des déserts dont ils étaient originaires. Des misérables qui auraient quitté les Landes pour habiter quelques montagnes du Lampardan, vanteraient leur nouveau séjour, et s’ils espéraient entrer dans les belles parties du Languedoc, ce serait pour eux la terre promise”.

Dans son chapitre IX, Antoine Guénée lui répond sous l’en-tête : “Vues de Moïse sur les vraies richesses des nations, sur le commerce, sur les arts, sur l’agriculture et la population." Commerce ! Commerce ! c’est le premier cri de quelques politiques : or et argent ! c’est le second. Nous ne condamnons point ces ressources ; il est des temps et des états où elles peuvent être utiles.

Mais, nous l’avons déjà dit, les anciens législateurs n’y mettaient point leur confiance. De la religion, disaient ils, des mœurs, une agriculture vigoureuse, un peuple nombreux et content ; liberté, sûreté, santé ; aisance partout, excès de superflu nulle part : tels étaient les ressorts et le but de leur administration ; telles furent aussi les vues de Moïse sur ses Hébreux.

Voulez-vous savoir quelle était, à ses yeux, la véritable opulence des nations ? C’étaient les subsistances, le blé, le vin, les fruits, les bestiaux, tout ce qui sert à nourrir et à vêtir l’homme ; voilà les richesses qu’il ambitionne pour son peuple, les biens qu’il lui annonce, et qu’il veut lui procurer.

L’or et l’argent, que tant de politiques désirent pour les états, il ne les bannit pas de sa république, comme fient quelques législateurs grecs ; mais content d’en avoir assez pour la commodité des échanges, il ne crut pas devoir s’occuper beaucoup du soin de les y attirer. Les deux métaux qu’il promet à son peuple, c’est le fer et le cuivre. “Heureuse contrée, dit-il, où les pierres sont de fer, et les montagnes d’airain !” C’est à dire, où abondent les deux métaux les plus utiles à l’agriculture et aux arts qui la servent.....” [/marron] L’abbé Guénée fit suivre son premier livre : ’’Lettres de quelques juifs portugais et allemands à M. de Voltaire’ par ’’Des Mémoires sur la fertilité de la Judée’’[/brun] expliquant ainsi que la Judée n’était pas à l’origine un désert mais bien un jardin d’Eden qui fut désertifié par les hommes. Guénée y affirmait que l’homme juif était aussi bon agriculteur et soldat que n’importe quel autre humain. Dieu n’a-t-il pas donné à Moïse des lois concernant l’exploitation de la terre ?

Extraits des mémoires

Parmi les exemples tirés de ces mémoires qui furent un succès de l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres, il faut retenir :

1- Sagesse de ces lois dans le partage des terres : propriétés assurées : à quelles conditions ces fonds sont donnés.

‘’Le partage des terres a été regardé, avec raison, par tous les anciens peuples, comme le chef-d’oeuvre politique. C’est en effet sur ce fondement que tout porte dans un état. ...

En divisant ces terres, il ne se contente pas de leur en assurer la possession par des lois civiles, comme les autres législateurs, il la consacre par la religion.

Dans ses principes, Jéhovah est seul Seigneur dans le pays qu’il donne aux Hébreux. Ils sont tous ses vassaux ; et leurs terres autant de fiefs qu’ils tiennent immédiatement de Dieu même, et qui ne relèvent que de lui. Les en déposséder, les leur ravir, c’eût été attenter à ses droits souverains. Mais ces fiefs ne leur sont point donnés sans redevances : une des principales est le service militaire ; ce n’est qu’à cette condition qu’ils les possèdent. Par là l’état se voit en tout temps une milice de six cent mille hommes, composée, non d’aventuriers, de gens sans aveu, enrôlés de force, ou jetés dans le service par l’indigence ou par libertinage, mais de citoyens qui, outre leur liberté et leur vie, avaient un lien honnête à défendre ; forces suffisantes pour résister, non seulement aux petits peuples du voisinage, mais même aux puissants empires de l’Egypte, de l’Assyrie, de Babylone, etc... et surtout dans un pays dont tous les abords étaient difficiles.

Si ce plan d’administration vous parait absurde, Monsieur, le savant et sage Chancelier Bacon, dont les vues politiques apparemment valaient bien les vôtres, le trouvait admirable’’..

2 - Inaliénabilité des Terres. Sagesse de cette loi. Heureux effets de la réunion de cette loi avec la précédente.

‘’Quelques législateurs anciens, en partageant les terres à leurs concitoyens, leur avaient aussi défendu de les aliéner. Ils voulaient, comme Moïse, en perpétuant les fonds dans les familles, procurer à chaque citoyen une subsistance assurée, et maintenir, autant qu’il se pouvait, l’égalité entre tous...

Dans la législation mosaïque, le succès fut plus durable, parce que les mesures avaient été plus justes. D’abord ces usures exorbitantes qui causérent tant de troubles dans Rome et dans Athènes, avaient été bannis dans l’état hébreu. Une loi expresse y défendait de prêter à intérêt. Loi gênante peut être chez un peuple commerçant, mais utile dans un état agricole, dont les membres se devaient d’ailleurs mutuellement des sentiments fraternels.

... par une loi que la religion consacrait, et qu’on peut regarder comme fondamentale dans sa législation, toutes ces aliénations, même usufruit, expiraient de cinquante ans en cinquante ans, au retour de l’année jubilaire.

Non seulement cette cinquantième année rendait la liberté à tous les israélites que la misère avait jetés dans l’esclavage, elle abolissait encore toutes leurs dettes, et les remettaient en possession de leurs fonds aliénés. Dès ce moment, tout propriétaire rentrait de plein droit dans son patrimoine, désormais franc et quitte de toute hypothéque.

... Loi singulière, et dont on ne trouve du moins de vestige marqué dans aucune autre législation ; loi qui réalisait dans l’état hébreu le système social le plus digne d’envie, cherché en vain par tant de législateurs, et regardé par la plupart des politiques comme une belle chimère. Est-elle, cette loi, d’une législateur barbare ?

3 - Vues de Moïse sur les vraies richesses des nations, sur le commerce, sur les arts, sur l’agriculture et la population.

... De la Religion, disaient-ils, des moeurs ; une agriculture vigoureuse, un peuple nombreux et content, liberté, sûreté, santé ; aisance partout, excès de superflu nulle part : tels furent aussi les vues de Moïse sur les hébreux.

Voulez-vous savoir quelle était, à ses yeux la véritable opulence des nations ? C’étaient les subsistances, le blé, le vin, les fruits, les bestiaux, tout ce qui sert à nourrir et à vêtir l’homme ; voilà les richesses qu’il ambitionne pour son peuple, les biens qu’il lui annonce, et qu’il veut lui procurer.

... Comment Moïse n’aurait-il pas donné à son gouvernement l’agriculture pour base. C’est la première source de la population, et la population était le grand objet de ce législateur. ....’’

4 - Des Lois militaires de Moïse.

‘’C’est surtout contre nos lois militaires qu’il vous plaît d’invectiver ; elles vous paraissent inhumaines, barbares. Nous n’en sommes point surpris, Monsieur, vous n’en jugerez que d’après vos préventions et vos usages. Mais regardez les avec l’oeil de l’impartialité, vous-y-remarquerez une humanité envers le citoyen, et même envers l’ennemi, que les autres nations ne connaissaient guère dans ces temps reculés, et que les peuples modernes n’ont toujours pas imitée’’.

Avec la réalisation du Sionisme politique développé par Théodore Herzl qui mènera à la fondation du nouvel Etat d’Israël, les théoriciens sionistes avaient basé la création de la future nation sur deux points : la rédemption de la terre et l’image du soldat-laboreur, reprenant ainsi les lois mosaïques instaurées dans le désert avant l’entrée en Canaan…’’.

L’abbé Antoine Guénée faisait signer ses ‘’lettres’’ par : Joseph Lopez, Isaac Monténéro et Benjamin Groot : Juifs d’Utrecht. Les notes sur la vie et les ouvrages de cet abbé ont été écrites par le Baron de Saint-Croix.


Les notices sur l’abbé Guénée Aujourd’hui l’histoire semble avoir oublié l’abbé Guénée, pourtant en consultant les archives de l’un ou de l’autre des historiens, des amoureux de l’art, des écrivains et des journalistes de la région bellifontaine, il y a toujours une notice sur Antoine Guénée. Celle-ci donne ainsi un visage humain à ce vaillant adversaire de Voltaire, par exemple :

- ’’Abbé Guénée (Route de l’). Allant de la route Notre-Dame de Bon-Secours à la route de la Reine. Traverse les Cantons de la Vallée de la Chambre et du Rocher du Mont d’Ussy. VII. L’abbé Guénée, sous-précepteur des Princes, auteur des ’’Lettres de quelques juifs portugais à Voltaire’’, est mort à Fontainebleau le 27 novembre 1803. En 1818, les duc d’Angoulême et de Berry lui firent élever dans la chapelle de l’hospice, un tombeau de marbre.

Herbet, Dreton 1908’’

- ’’Notice biographique sur l’abbé Guénée, mort à Fontainebleau le 27 novembre 1803, à l’âge de 86 ans, et inhumé dans le cimetière de l’hospice. Il était propriétaire du domaine de Gallois, près de VIllemer, et une route de forêt port son nom. Il se rendit célèbre par ses polémiques avec Voltaire, mais avait d’autres titres, car il fut un lettré, un savant et un professeur émérite au Collège de Plessis. Son légataire universel avait été M. De La Borde, ancien commissaire des guerres, demeurant à Nemours.

20 octobre 1866’’.

- Guénée (Antoine) mort à Fontainebleau 27 XI 1803 à 86 ans. Né à Etampes 23 X 1717, Chanoine d’Amiens, Académicien (au Inscription et Belles-Lettres) achète en 1790 un domaine près de Fontainebleau, le revend et se fixe rue Saint Merry.

Dorvet 1866’’

L’abbé Antoine Guénée durant son séjour à Fontainebleau, même s’il n’a pas eu l’envergure politique de l’abbé Grégoire, s’est investi dans la politique municipale et semble avoir eu une petite influence dans la vie du département. Ne le voit-on pas lors de l’inauguration de l’Ecole Centrale dans la Galerie Henri II du Château de Fontainebleau placé auprès de M. Prieur de la Combe, Président de l’Administration Centrale de Seine-et-Marne.

Sous la Restauration, Louis XVIII et son frère le futur Charles X firent construire un mausolée de marbre blanc à la mémoire de leur maître dans la Chapelle de l’Hôpital de Fontainebleau.

Epitaphe à l’Abbé Guenée (1817) ‘’Leurs altesses royales Mgr. Le duc d’Angoulême et Mgr. Le duc de Berry, ayant appris que la dépouille mortelle de M. l’abbé Guenée, leur ancien sous-précepteur, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et si avantageusement connu par ses Lettres de quelques Juifs, ont désiré rendre à la mémoire de ce savant et religieux académicien, un tribut d’honneur et de reconnoissance.

Leurs altesses royales ont invité l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres à rédiger l’épitaphe qu’elles veulent placer sur son tombeau. Elle est conçue en ces termes :

Cineribus et memoriae ANTONII GUENEE Stampis nati, Senonensis dioeceseos presbyteri, Anbianensis ecclesiae canonici, Abbatis Loci-Regii, In alma Universitate Parisiensi eloquentiae professoris, Regiae inscriptionum humaniorumque litterarum Academiae sodalis, qui Sacrarum paginarum auctoritatem politissimis epistolis à sophistarum sui temporis cavillationibus vindicavit.

Obiit ad Fontem-Bleodi ann. MDCCCIII. die novembris

IIIâ

hunc olim Comes Atrebatum, Regis frater filiorum Principum institutioni proximum à praeceptore praefecerat. Nunc regno feliciter restituto, meritorum in se memores, Regii alumni, Dux Ingolismensium et Dux Biturigum, ejusdem tumulo titulum poni curaverunt.

M. le duc de Damas, premier gentilhomme de la chambre de Mgr. Le duc d’Angoulême, a écrit à l’Académie pour lui témoigner la satisfaction de Leurs Altesses Royales, et lui faire d’un suffrage encore plus flatteur, s’il est possible, celui du Roi, au jugement de qui les Princes, ses neveux, ont soumis le projet d’épitaphe.

L’abbé Guénée légua ses papiers à l’hospice de Fontainebleau et ses livres à la Bibliothèque Municipale de Fontainebleau. Son légataire universel avait été M. De la Borde, ancien commissaire des guerres, demeurant à Nemours. Le catalogue de la bibliothèque de feu M. l’abbé Guénée a été édité mais il est impossible de dire où sont passés ses livres.

Voyageur, si tu es de passage à Fontainebleau, viens te recueillir sur le tombeau de l’Abbé Guénée alors les mânes des hommes célèbres de cette ville viendront à leur tour te saluer. Frédéric VIEY


Note :

(1) De l’incidence d’un certain Pinto sur le Comte de Richelieu

Les Juifs Portugais établis à Bordeaux et quelques Juifs des autres nations eurent un différent. Les Juifs Comtadins et Alsaciens prétendaient faire corps avec les Portugais et partager avec eux les priviléges dont ils jouissaient dans cette ville depuis plus de deux siècles. Par l’arrêt du 21 janvier 1734, les Juifs Portugais avaient obtenu de faire expulser plus d’une centaine d’Avignonnais mais n’avait pu empêcher l’octroi de Lettres Patentes à six familles avignonnaises, qui à l’exemple des Portugais s’érigèrent en ‘’Nation’’. Les Lettres Patentes du Roi en faveur des Juifs ou Nouveaux Chrétiens Avignonnais établies à Bordeaux, portaient sur les Sieurs Jacob et Emmanuel Dalpuget, Veuve Nathan et fils, Léon et Vidal Lange et frères, Salon Dalpuget et enfants, David Petit et enfants composant ensemble le nombre de six familles. Les Portugais s’adressèrent au Gouvernement à Paris et recoururent à l’influence de M. Pinto qui avait d’excellentes relations avec le Duc de Richelieu, Pair et Maréchal de France, Chevalier des Ordres du Roi et Gouverneur de la Haute et Basse Guienne. Th. Malvezin précisait : ‘’Les Portugais se montraient jaloux du droit de police qui leur assurait sur tous les Juifs le règlement approvué par le roi, et ils n’entendaient pas voir les six familles avignonnaises le leur enlever, pas plus qu’ils ne voulaient leur permettre de se fondre avec eux. Ils adressèrent un fameux juif portugais de La Haye, M. Pinto, auteur d’un ouvrage estimé sur la circulation et le crédit en matière de banque, et qui avait d’excellentes relations avec le Maréchal de Richelieu, pour appuyer leurs arguments auprès de ce gouverneur’’. M. Pinto écrivit le 20 mai 1762 au Maréchal de Richelieu, la lettre suivante : ‘’Je ne saurai me dispenser de vous représenter, Monsieur, que les Portugais et les Espagnols, qui ont l’honneur d’être issus de la tribu de Juda ou de se croire tels, ne se sont jamais mêlés par mariage, alliance ou autrement, avec les enfants de Jacob connus sous le nom de ‘’Tudesques, Italiens ou Avignonnais’’. Les premiers ont conservé, par cette saine politique, des mœurs et des maximes qui les ont toujours distingués, aux yeux même des nations chrétiennes, de la foule des israélites avec lesquels par conséquent il est de leur honneur et de leur intérêt de ne point s’incorporer, comme on semble le leur proposer aujourd’hui. Les Portugais établis en Hollande et en Angleterre ont de tous temps été là-dessus de la délicatesse la plus crupuleuse , et c’est uniquement à cela qu’ils doivent la considération à laquelle plusieurs d’entre eux sont parvenus jusqu’à être employés avec succès par plusieurs Cours à obtenir des lettres de noblesse. Les Portugais de Bordeaux auraient donc grand tort d’avoir moins de délicatesse que ceux d’Amsterdam et de Londres, et de ne pas continuer à suivre leur exemple.

Je vous supplie, Monseigneur, de faire attention aux articles 9 et 10 du règlement dont je prends la liberté de vous envoyer un exemplaire. J’espère que les privilèges qu’on voudra accorder aux Juifs avignonnais et auxquels je ne m’oppose nullement, ne seront point dérogatoires à ceux dont les Portugais jouissent par l’acte ci-joint’’.

Le Maréchal répondit en ces termes : ‘’Je suis bien éloigné, Monsieur, de vouloir altérer un règlement aussi sage que celui que la nation Portugaise a, pour ainsi dire, fait sous mes yeux et si récemment. J’envoyai, sans même le lire, le mémoire des Avignonnais qui me dirent demander (c’est-à-dire les six familles qui ont eu permission de rester) la permission de faire entre eux un règlement, ce qui ne me parut pas tirer à conséquence, attendu qu’ayant tant fait que de les faire rester authentiquement, il a paru utile qu’ils eussent aussi une sorte de régime autorisé ; mais je n’ai jamais autorisé qu’il put altérer celui de la nation portugaise, dont je connais toutes les distinctions accordées et très biens mérités, à quoi je crois qu’on a nulle enviede toucher. Je vous promets même d’y avoir grande attention.

Elle ne peut, d’ailleurs, avoir un solliciteur plus efficace auprès de moi qui suis pénétré pour vous, Monsieur, des sentiments d’estime et de considération avec lesquels je fais profession de vous honorer bien véritablement’’.

Jacob Rodrigue Pereire, Agent des Juifs Portugais et Espagnols de Bordeaux et de Bayonne, a-t-il sciemment confondu M. Pinto, notable de La Haye et Isaac Pinto, pseudonyme de l’Abbé Antoine Guénée, auteur des ‘’Lettres de quelques Juifs Portugais….’’, lors de la compilation des différentes Lettres Patentes données par les Rois de France en faveur des Juifs Portugais et Espagnols ? C’est fort possible et l’erreur a été colportée à travers les siècles notamment par Henri Léon dans son ‘’Histoire des Juifs de Bayonne’’.

Si cette erreur trouve ici sa réparation, elle ne remet nullement l’immense travail qu’a effectué Jacob Rodrigue Pereire, mais cela c’est une autre histoire……

Frédéric VIEY


[1] L’historien bordelais Th. Malvezin précise dans ‘’Histoire des Juifs de Bordeaux’’ p. 234 écrit : ‘’Les lettres de M. l’abbé Guénée expliquent bien que les Portugais et Espagnols de Bordeaux recoururent au Juif portugais Pinto, et le prièrent de joindre ses sollicitations à celles de leur agent. Cet agent est M. Pereire, connu par l’art de faire parler les sourds de naissance’’. Nombre d’historiens citant “Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire” commettent l’erreur de les attribuer à Isaac Pinto alors quelles sont bien de l’abbé Guénée ; le Musée de la Diaspora à Tel-Aviv a d’ailleurs publié le frontispice d’une de ces éditions. Or, qui pourrait mieux présenter cet abbé sinon son propre antagoniste : Voltaire ?



Commentaires  (fermé)

Agenda

<<

2017

>>

<<

Mai

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930311234
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

4 avril 2014 - Du 19 au 23 octobre 2014 Yad Layeled propose une formation pour les inspecteurs et les conseillers pédagogiques

Séminaire de formation Yad Layeled France Du 19 au 24 octobre 2014, l’association Yad (...)

9 septembre 2013 - Le sauvetage des enfants juifs, 1938-1945 sur France 5 tv

Remarquable film-documentaire disponible en ligne jusqu’au 15 septembre 2013. L’Oeuvre de (...)

7 mai 2013 - Secrets d’Histoire en Israël sur France 2 ce soir : Un homme nommé Jésus

Bonjour à toutes et à tous, "Nous sommes heureux de vous informer de la diffusion ce soir 7 mai (...)

29 avril 2013 - Film documentaire sur Moissac la Juste : "J’avais oublié"

Moissac la Juste Tout d’abord Moissac au début de la guerre est en zone libre, de nombreuses (...)

29 avril 2013 - Livre : Survivre, les Enfants dans la Shoah de Michèle Gans

"Survivre, les enfants dans la Shoah" de Michèle Gans, éditions Ouest-France "Le bien évident (...)

Météo

Belfort, 90, France

Conditions météo à 08h30
par weather.com®

Soleil voilé

16°C


Soleil voilé
  • Vent : 4 km/h - sud-est
  • Pression : 986 mbar tendance symbole
Prévisions >>

Prévisions du 23 mai
par weather.com®

Soleil et nuages épars

Max 23°C
Min 11°C


Soleil et nuages épars
  • Vent : 14 km/h
  • Risque de precip. : %
<< Conditions  |  Prévisions >>

Prévisions du 24 mai
par weather.com®

Soleil et nuages épars

Max 22°C
Min 10°C


Soleil et nuages épars
  • Vent : 12 km/h
  • Risque de precip. : 10%
<<  Prévisions  >>

Prévisions du 25 mai
par weather.com®

Soleil voilé

Max 23°C
Min 11°C


Soleil voilé
  • Vent : 16 km/h
  • Risque de precip. : 10%
<<  Prévisions  >>

Prévisions du 26 mai
par weather.com®

Soleil

Max 26°C
Min 11°C


Soleil
  • Vent : 17 km/h
  • Risque de precip. : 10%
<<  Prévisions  >>

Prévisions du 27 mai
par weather.com®

Soleil

Max 27°C
Min 12°C


Soleil
  • Vent : 14 km/h
  • Risque de precip. : 10%
<<  Prévisions  >>

Prévisions du 28 mai
par weather.com®

Soleil voilé

Max 28°C
Min 14°C


Soleil voilé
  • Vent : 6 km/h
  • Risque de precip. : 10%
<<  Prévisions  >>

Prévisions du 29 mai
par weather.com®

Soleil voilé

Max 28°C
Min 15°C


Soleil voilé
  • Vent : 6 km/h
  • Risque de precip. : 20%
<< Prévisions