"L’importance de l’Arabe comme langue scientifique à l’époque médiévale"

Par Rachid Benmokhtar Benabdallah, Président de l’Université Al Akhawayn, d’Ifrane au Maroc
mardi 19 juillet 2005
par Nadia Darmon.H
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Quelques notes imparfaites prises sur le tas que je vous livre, en attendant la publication des actes de ce fabuleux colloque. L’Arabe fut la langue du Savoir et du transfert de ce savoir scientifique et philosophique. L’Islam aiguisa la soif de connaissance et se mit en "sommeil". Ainsi commence cette conférence.

- 17ième conférence du colloque -

"L’importance de l’Arabe comme langue scientifique à l’époque médiévale."

Par Rachid Benmokhtar Benabdallah, Président de l’Université Al Akhawayn, d’Ifrane au Maroc.

"C’est vrai les pays arabes sont en marge de la science, il y a une espèce de dérive après un sursaut au XIX° siècle, pour s’accrocher au monde occidental." Il y a un renouveau, avec une volonté de fermeture par rapport au monde.

Rachi a utilisé l’arabe lorsqu’il a dû le faire. Les Occidentaux ont refusé de citer les sources arabes, en se référant directement aux grecs. Ce monde arabo-musulman est un contexte qui utilise l’arabe comme langue d’échanges et de transfert de savoir scientifique.

Avicenne, Tabit Ben Quora (Sabéen du Sud Yémen), Razsès..ne sont pas tous musulmans, il s’agit là de l’usage de la langue comme élément de transfert. C’est devenu intéressant avec l’Islam. Avec l’Islam, naît une soif de savoir venue de cette religion et des institutions propres à la religion musulmane qui ont favorisé l’émergence de la science.

Langue sémitique, elle se situait vers le nord centre de l’Arabie, dans les courants d’échanges au Moyen Age. Cette langue a existé longtemps avant l’Islam, elle a contribué à la diffusion du Christianisme non reconnue par les musulmans. Les Evangiles comme la Torah sont présents dans le Coran.

Une langue riche et poétique ; écouter un beau langage est toute importance en des lieux où on a le temps d’écouter : le désert.

"Le Coran arrive, cette langue [1] devient sacrée." "Elle deviendra une langue intouchable" ;

Quand on va tourner la page historique, elle sera un facteur d’empêchement du progrès après en avoir été le vecteur du Savoir et du Progrès.

"La religion - le Coran en lui-même - 750 versets du Coran invitent le fidèle à s’interroger sur la connaissance de la nature : "Aller chercher le savoir même en Chine". Mais le fidèle ne l’applique pas. Un verset fondamental : "A D.. omnipotent, appartient le ciel et la terre...il y a la place à l’intelligence (...)."

Il y a les bibliothèques ouvertes à tous, les hôpitaux, les observatoires, les fondations de traduction, mais ce n’est pas suffisant. L’Arabe a accepté le contact avec les autres, l’emprunt, tout ce qui était antérieur à l’Islam comme l’Indou, l’Araméen, l’Hébreu...

Le livre était considéré comme la plus grande des valeurs, c’est considérant cette valeur première qu’il y a création des bibliothèques en vue de donner accès aux livres.

Il reste plus de 250 000 ouvrages originaux dans les bibliothèques, pour beaucoup en rapport avec les Sciences. Le Khalife Al Mamoun avait appelé sa bibliothèque "la Maison du Savoir" ou "de la sagesse".

Une bibliothèque, c’était aussi des hommes, des étudiants. Au Caire, la bibliothèque comptait 40 bâtiments de 18 000 ouvrages chacun sur les sciences anciennes. En Espagne, on comptait 400 000 ouvrages.

Les Hôpitaux ont vu leur développement sous les Khalifes et ont favorisé l’empirisme, l’expérimentation. Ils ont fourni des liens avec la pharmacologie, des liens entre les maladies et les remèdes. Le malade était l’Etre Humain d’abord ; aussi il trouvait à l’hôpital la musique, un lieu où recevoir la famille, les médecins et les chercheurs.

Les médecins devaient indiquer sur un livre public l’objet de ses recherches et leurs résultats, donnant ainsi accès libre à la connaissance.

En Astronomie, les 3/4 des constellatins sont arabes, car il fallait fixer l’heure des prières et guider les voyageurs. Les premières observations sont faites sous le Khalife Al Mamoun, surtout en Espagne, et ont contribué à un enrichissement incroyable.

Les Arabes n’ont pas traduit à partir du Grec, mais du Syriaque. Ils ont été amenés à classifier et distinguer les Sciences Naturelles accessibles par la tradition des Sciences religieuses relevant de la tradition. Aux Sciences, les religieux ont fourni les Juristes qui ont "enterré" la science.

L’avancée fondamentale se situe dans le domaine des mathématiques ; les Arabes ont lié l’Algèbre à la Géométrie. Ils furent prolifiques - de 835 à 900 c’est l’essor des mathématiques arabes. Le Sinus vient de l’Inde, ils introduisent la Trigonométrie moderne. Ils ont excellé dans le domaine de l’optique. Ibn Btem a inventé le barrage, mais ne l’a jamais construit.

La Mécanique - l’Energie Cynétique - Les premiers à utiliser les lois de l’inertie que l’on ne retrouve qu’avec Newton. Le Traité en hydraulique d’El Ghazali est un véritable livre d’ingénieur, qui inventent les treuils. Ce qui est démontré ne sera utilisé qu’au XIX° siècle. Ce traité est à Santa Sophia à Istambul.

C’est de Kandéchapour que le Khalife Al Mamoun fit venir un médecin : Avicenne.

La Philosophie avec prudence. Ils pensaient que pour être validés il leur fallait utiliser le savoir philosophique.

L’aventure linguistique arabe s’étend sur un espace géographique incroyable. Ils ont accepté et ne se sont jamais fermés aux cultures pré-existantes - avant les dérives actuelles - L’organisation touchait à la sphère politique, sociale, économique, morale, éthique, urbaine, et a créé un cadre commun idéologique qui a perduré malgré les différences culturelles et géographiques. L’Arabe est aussi devenue une langue administrative commune.

Que peut-on dire de leur disparition ? Des facteurs externes et internes :

1) Externes : Invasions mongoles, guerres entre Chrétiens et Musulmans, L’Empire Ottoman, qui ont détruit les soubassements politiques, économiques... 2) Troubles internes : Les "Fatwas", il y a affaiblissement par des luttes de pouvoir, l’échec n’est pas admis, il est imputé aux scientifiques qui sont en contact avec les Etrangers, volonté de revenir aux sources.

Le Pr Gad Freudenthal souligna que le transfert culturel fut immense et que le Moyen Age en était conscient. Il précisa que si l’Islam fut un vecteur, il n’y avait pas de raison à la fixation de la science car l’Autorité religieuse n’était pas fondamentale aux travaux des chercheurs.

Le Pr.Rachid Benmokhtar Benabdallah répondit : que L’UNESCO avait contribué à la prise de conscience de l’apport des écoles passées. Le problème c’est qu’on oublie cette science, on l’a dit d’origine grecque, elle est plutôt gréco-judéo-musulmane. La relation à l’Islam : le contexte de l’Islam de 633, ce n’est pas l’Islam d’aujourd’hui ; on était dans un schéma non dictatorial dans lequel cette religion, à l’époque, n’a pas fermé les portes au savoir.(...) L’Islam a favorisé un contexte ; Les Motarzilla ont brûlé les livres, mais ont accepté que les livres profanes soient discutés.(...) Les Ecoles de Kouffa et Bosra ont changé la langue pour continuer à travailler sur la langue, la grammaire et les commentaires. Le Pr. Gérard Nahon souligna à son tour que les savants n’étaient pas seulement musulmans ; "on ne saura pas assez dire que la plus grande partie du peuple juif vivait sous domination arabe et que leur contribution a marqué la civilisation.

La Culture s’est-elle effondrée dans le court terme ou le long terme ? Quelle est sa dimension ? Que sont les Almohades [2] dans la dimension de ce déclin ?

Le Pr. Rachi Benmokhtar Benabdallah précisa : La langue fut une langue véhiculaire d’ethnies différentes, notamment en Afrique du Nord (...). A l’origine, il faut noter la présence des Juifs au Maroc (+200 000 Juifs) qui ont développé une culture qui est la leur, dans la langue d’usage mieux conservée par les Juifs que par les Arabes. Ils ont conservé le patrimoine musical, la créativité, le chant dialectal, tant qu’il est impossible de distinguer l’un de l’autre. Le Matrouz [3] en témoigne par une structure de chant qui alterne un quatrin en arabe, un quatrin en hébreu.

Je ne veux pas parler de déclin mais d’un long sommeil. Nous sommes dans une situation non pessimiste car on voit une évolution de fond, des luttes visibles ; la modernité s’installe résolument. Les valeurs universelles s’introduisent progressivement dans le fond ; ce n’est plus comme avant (...), même pour ceux qui portent barbes et voiles, ils sont sur le chemin du changement. Imperceptiblement du côté scientifique, les chercheurs d’origine arabe sont présents dans le monde entier. C’est vrai, les Almohades nous ont plombé pour longtemps. Ils étaient d’excellents organisateurs, ils ont arabisé les Berbères, ont rendu l’arabe obligatoire, ils ont détruit Oujda parce que les Juifs étaient en symbiose avec les Musulmans sur le plan des infrastructures économiques. (...)

On trouve trace des manuscrits en arabe jusqu’au XV° siècle en Provence et dans le Comtat Venaissin. Ils détenaient toute la somme des connaissances.


[1] L’Arabe.

[2] Les Almohades (1130-1269), Tribu Berbère venue du sud marocain qui avança jusqu’en Espagne et en conquit la partie sud. Elle prônait un Islam radical et fondamentaliste. La dynastie des Almohades imposa la suppression de la musique et du chant, de la poésie et la connaissance scientifique, elle durcit la séparation d’avec les non musulmans.

[3] Signifie broderie en arabe et s’applique à une catégorie de chant pratiqué par les Musulmans et les Juifs du Maroc indifféremment.



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