La Guéniza Italienne ou analogique

Par le Pr Mauro Perani, Université de Bologne (Italie).
mercredi 6 avril 2005
par Nadia Darmon.H
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La guéniza traditionnelle consacrée à préserver de toute profanation les textes sacrés portant le nom de Dieu, se distingue de la guéniza italienne appelée ainsi par analogie avec la précédente mais dont les textes ont subi la violation du remploi ; analogique car malgré tout, retrouvés certains textes manuscrits réutilisés se sont conservés dans les Archives d’Etat, les bibliothèques et les Archives des notaires italiens.

"

Qu’est-ce que la Guéniza italienne ?"

Une nouvelle découverte de manuscrits anciens

Par le professeur Mauro Perani de l’Université de Bologne (Italie)

"Durant ces vingt dernières années, un intérêt croissant pour les découvertes, toujours plus nombreuses, de fragments de manuscrits médiévaux hébreux, réutilisés pour relier livres et registres, dans les bibliothèques et archives européennes, en particulier en Italie, a secoué le monde de la recherche. Ces archives et bibliothèques, où des milliers d’anciens manuscrits hébreux recyclés comme reliures ont été conservés, ont été appelés la "Guéniza italienne." Tout le monde sait bien que cette guéniza n’est pas une véritable guéniza, comme celle découverte par Salomon Schechter dans le vieux Caire vers la fin du 19ième siècle, mais elle est appelée ainsi par analogie.

L’utilisation analogique du terme "guéniza", européenne ou italienne, pour indiquer les archives et les bibliothèques conservant les reliures hébraïques, a été inventé par le professeur Yaaqov Sussmann à l’occasion du congrès pour le 80ième anniversaire de la découverte officielle de la guéniza du Caire en 1896 qui s’est tenu à Tel-Aviv en 1976.

En réalité, tout le monde ne sait pas que la guéniza italienne consiste en reliures de livres et de registres obtenus à partir des manuscrits médiévaux hébreux, conservés dans les archives et bibliothèques du vieux continent. Durant l’Exposition des fragments venus de la guéniza italienne, je me suis rendu à Jérusalem du mois de décembre 1999 au mois de janvier 2000, et plusieurs personnes m’ont alors demandé où cette guéniza se tenait, dans quelle ville et quelle synagogue.

La véritable guéniza et la guéniza analogique sont en effet non seulement deux phénomènes différents, mais également totalement opposés. En réalité, la première a été créée dans le but de préserver les textes sacrés de toute profanation, alors que la seconde représente une envie manifeste de violer les textes juifs, rédigés dans la langue sacrée et renfermant le nom sacré de Dieu. Mais le résultat identique de ces deux pratiques est que, que l’on découvre une ancienne guéniza ou des reliures obtenues de codex médiévaux juifs recyclés, ces manuscrits et livres imprimés hébreux reviennent entre nos mains.

Le phénomène de la réutilisation de toutes sortes de manuscrits était bien connu tout au long du Moyen Age et s’inscrivait dans un mouvement de réemploi de tous les matériaux de livres connus depuis les temps anciens. Cela fait dans le but, soit de réécrire, soit à d’autres desseins sur des papyrus, du cuir, du papier et surtout des parchemins. C’était un matériel de réemploi commun que ce soit pour réécrire, après avoir nettoyé l’encre du texte pré-existant, ou pour de plus modestes buts tel que la reliure de livres, principalement aux 16ième et 17ième siècles. Des milliers de manuscrits italiens, grecs ou liturgiques ont subi ce traitement auquel même les manuscrits hébreux n’ont pas échappé. Il apparaît clairement que, au fond, la réutilisation de ces manuscrits n’est pas exclusivement le résultat d’une persécution de l’Eglise ou de l’Inquisition contre les écrits juifs, mais la mort généralisée et normale de toutes sortes de manuscrits, causée par le développement du livre imprimé, rédigé en toutes langues. Si le "Projet Guéniza Italienne", fondé par feu le professeur Joseph Baruch Sermoneta za’’l, et dirigé par moi-même depuis 1992, recensait dans les archives et les bibliothèques italiennes environ 8 000 fragments de manuscrits médiévaux juifs (en majorité des folios et des bifolios complets), j’ai remarqué, pendant mes recherches dans les archives, dans les reliures des millions de fragments démembrés de manuscrits, de textes liturgiques, exégétiques, juridiques et autres sujets en latin, aussi bien que de manuscrits écrits en langue vernaculaire.

Néanmoins, un lien entre la confiscation et le brûlement des manuscrits hébreux effectués par l’Inquisition est en effet clair ; dans certains cas, nous avons des sources historiques explicites attestant que de nombreux livres, confisqués par l’Eglise pour être brûlés, ont été retirés du bûcher, du fait de leur nature de précieux parchemins, pour être vendus comme matériel à recycler.

Le rabbin allemand du 17ième siècle, Rabbi Joseph Yuspa Hahn Nordlingen, observe à propos de ces pratiques : "il est formellement interdit de relier des livres avec des pages prises sur des manuscrits à caractère religieux.(...)la page de manuscrit se vend plus cher quand elle est vendue comme une parchemin utilisé pour la reliure que lorsqu’elle est vendue comme un texte d’étude, en particulier de nos jours où les livres imprimés sont si répandus."

Comment des milliers de manuscrits hébreux ont-ils pu échouer entre les mains des relieurs chrétiens ? Le rabbin susnommé rapporte que "nombre de ces manuscrits sont parvenus entre les mains des chrétiens durant les temps des persécutions". En effet, la période fut marquée de pogroms et de confiscations de livres.

Un témoignage encore plus explicite peut-être trouvé dans le Megillat Vienetz , avec une description du pogrom contre les Juifs de Francfort en 1614. L’auteur, qui est spectateur du pogrom, rapporte ces actes de pillage et fait nettement la distinction entre le sort des livres imprimés qui étaient détruits et celui des parchemins manuscrits qui étaient vendus aux relieurs : "Les livres sacrés importants.../tous imprimés et magnifiquement écrits/ tellement nombreux qu’ils n’avaient aucune valeur pour eux/ Les mauvais éparpillés sur la route.../ils allumèrent un feu pour faire le mal/ et brûlèrent les livres vénérés/ ils se partagèrent entre eux les textes sur parchemin/ anciens et nouveaux/ ils valaient plusieurs milliers/plus chers que des bijoux/ et ils les vendirent à un artisan/ pour relier d’autres livres avec."

Dans les communautés juives de plusieurs pays des Balkans et d’Europe centrale, nous avons trouvé une pratique similaire, là cependant, pour la plupart, ils utilisaient des pages imprimées pour la préparation des reliures. Une description détaillée de cette pratique du 16ième siècle est donnée par Rabbi Samuel de Medina : «  La pratique des relieurs, ici à Salonique, est de faire un cartonnage. A partir des pages qui sortent en surplus des presses à imprimer...ils collent ces pages ensemble jusqu’à obtenir un cartonnage épais. Par la suite, il est utilisé pour protéger les livres reliés...Non seulement ils font ça, mais ils coupent également les cartons en morceaux plus petits pour protéger les livres les plus petits, et ils enlèvent des portions de ces plus petits morceaux de telle sorte que les cartons s’ajustent aux livres.  »

Le spécialiste chrétien l’hébreu, Giovanni Bernardo De Rossi (1742-1831), professeur de langues orientales à l’Université de Parme et collectionneur de manuscrits et livres imprimés hébreux, maintenant conservés à la "Bibliothèque Palatine" relève également cette réutilisation en reliure des manuscrits hébreux.

Alors que la véracité de ces témoignages n’est pas à mettre en doute, une autre hypothèse a été récemment mise en avant pour expliquer comment d’aussi nombreux manuscrits hébreux aient pu tomber entre les mains des relieurs chrétiens. Une étude exacte de la première date des enregistrements contenus dans un registre relié par des manuscrits hébreux, qui coïncide avec celle de la réutilisation, montre clairement que dans différentes régions, le pic des réutilisations correspond exactement aux années où les persécutions contre les Juifs se faisaient plus dures. Souvent, le pic correspond aussi aux dates d’expulsions. Ainsi, par exemple, le pic de Bologne tombe dans les années immédiatement après 1590, montrant un lien très net avec l’expulsion des Juifs de Bologne et des Etats de l’Eglise, ordonnée par le pape en 1593. De manière différente, à Modène - une ville distante d’à peine 30 kilomètres de Bologne, mais sous l’autorité de la famille d’Este - le pic correspond aux années 1630 alors que la main de l’Inquisiteur devenait plus ferme, que des Juifs étaient envoyés en jugement pour possession de livres interdits, et que dans le même temps, en 1638, le Ghetto était établi. De la même manière : le diagramme de près de 350 fragments talmudiques établi d’après la date de remploi montre un pic net dans les années 1550, correspondatn aux confiscations du Talmud ordonnées par le pape Jules III en 1553.

Il apparaît donc que les Juifs n’ont pas vendu leurs manuscrits aux relieurs, mais bien plutôt qu’ils leur ont été pris par la force. Nonobstant, le grand zèle à racheter des livres qui tombaient entre des mains non juives semble avoir diminué de manière significative durant les 16ième et 17ièmes siècles. Le développement de l’imprimé et l’important déclin subséquent des manuscrits conduisit à un certain laxisme concernant l’obligation de racheter les livres, et de nombreux Juifs ne virent plus aucune raisons de dépenser de l’argent pour sauver les manuscrits qui tombaient entre les mains des relieurs et des notaires. En tout état de cause, sur la base du lien chronologique entre la confiscation des livres hébreux faite par les autorités ecclésiastiques et le moment de leur réutilisation, nous pouvons affirmer qu’une part conséquente des manuscrits hébreux réutilisés comme reliures a une origine inquisitoriale.

La pratique était particulièrement commune durant les 16ième et 17ième siècles dans les pays d’Europe où les communautés juives étaient bien représentées : Italie, Allemagne, Autriche et les régions voisines comme la Hongrie ou la Pologne. Mais dans d’autres pays, le phénomène n’est pas aussi présent qu’en Italie. En réalité, pour des raisons historiques bien connues, aux 14ième et 15ième siècles, de nombreux Juifs ont immigré en Italie en provenance d’autres régions d’Europe, résultat de persécutions ou d’expulsions, et souvent, ils emportaient leurs manuscrits avec eux. De nombreux manuscrits copiés deux ou trois siècles auparavant par des scribes juifs dans la péninsule ibérique et les régions ashkénazes, ont été rapportés en Italie, rejoignant ainsi les manuscrits des copistes italiens. Dans les deux dernières décennies du siècle dernier, le projet de recherche le plus systématique est celui qui fut mené en Italie il y a vingt trois ans maintenant. Italien. Ashkénaze. Sépharade.

En Italie, dans l’état actuel des recherches - qui est loin d’en être à sa conclusion - près de 8.000 fragments ont été découverts. De ce nombre important, 4.800 environ ont été découverts dans la seule Emilie Romagne. L’opinion la plus courante que la réutilisation de manuscrits hébreux était particulièrement concentrée dans les terres des Etats de l’Eglise n’est pas confirmée par la répartition des fragments, depuis que plus de 40% ont été trouvés à Modène et ses environs, qui sont en-dehors des terres ecclésiastiques et sous le duché d’Este. Le plus grand nombre de fragments ont été trouvés à Modène (près de 3.000) et à Bologne (environ 850).

Je voudrais signaler quelques particularités des fragments retrouvés en Italie, et leurs différences avec ceux trouvés dans d’autres pays, notamment en Espagne, où le profil des découvertes a changé de manière frappante après la découverte de 10 à 15.000 fragments hébreux majoritairement des manuscrits papier, collés ensemble pour fabriquer la reliure d’environ 250 actes notariés des Archives Historiques de Gérone. Pour comparer les fragments de la guéniza italienne avec ceux trouvés dans d’autres pays européens, nous devons prendre en compte ce qui suit. Premièrement, les fragments espagnols sont tous rédigés dans une écriture carrée, semi-cursive et cursive, alors que ceux trouvés en France, Allemagne ou les autres pays ashkénazes, sont tous rédigés en écriture ashkénaze. Au contraire, les fragments trouvés en Italie sont soit : d’origine italienne pour un tiers, d’origine ashkénaze pour un autre tiers et enfin d’origine sépharade pour le dernier tiers. Comme déjà signalé plus haut, ce fait reflète les vagues d’immigration des Hébreux en Italie en provenance d’autres régions européennes dans les siècles qui précèdent directement le début des réutilisations au milieu du 16ième siècle. Une autre différence est que, alors que les fragments trouvés en Italie, Allemagne, Hongrie et France sont strictement tous rédigés sur des parchemins, ceux trouvés en Espagne, notamment à Gérone sont pour la plupart rédigés sur des manuscrits papier et seulement un faible pourcentage ne sont pas des parchemins. De plus, tous les fragments trouvés en Italie et dans les autres pays sont exclusivement littéraires, avec peu de faits historiques, alors que les fragments de la "guéniza" de Gérone, après un premier examen d’extraits représentatifs, contiennent une grande quantité de documents historiques, comme les registres des maisons de prêt, actes privés et des registres des communautés juives.

Il est important de souligner que lorsque, dans la guéniza italienne, nous parlons de « fragment », nous voulons dire, la plupart du temps, les folios et les bifolios complets ; dans quelques cas seulement, ce sont de plus petits fragments ou des bandes de pages découpées. D’ailleurs, tous les fragments proviennent de feuilles de parchemins, étant des manuscrits papier qui ne conviennent pas au réemploi en couverture.

En ce qui concerne la méthode de recherche, la première étape est de faire dans chaque archive un inventaire de tous les registres et volumes reliés avec des feuilles de manuscrits de parchemins hébreux. Ce travail est actuellement très difficile si nous pensons au fait que la plupart des archives italiennes principales contiennent plus de vingt à trente kilomètres d’étagères. La deuxième phase est de photocopier ou mettre sur microfilms - si c’est possible - toutes les feuilles, qui sont ensuite envoyées à l’ Institute of Microfilmed Hebrew Manuscripts de la Jewish National and University Library de Jérusalem . La troisième étape est l’identification des textes, les cataloguer et dater les fragments, rassembler les fragments appartenant au même manuscrit, et les cataloguer. Diverses données sont aussi inscrites sur papier et sur des supports électroniques, concernant les mesures, les types de parchemin, la couleur de l’encre, les techniques de règles et de piqûres, les types de graphies et les titres italiens ou latins écrits par des achivistes ou notaires italiens et la date des enregistrements contenus dans les registres reliés par des manuscrits. Dans certains cas, les manuscrits ont été détachés des registres et restaurés il y a longtemps ou plus récemment. Ces déchirures permettent aux fragments d’être examinés plus précisément, mieux que si le texte était préservé à la fois dans l’intérieur et l’extérieur de la couverture. Mais la majorité des 8.000 fragments trouvés en Italie, parmi lesquelles des centaines de pages talmudiques, constitue toujours les couvertures de registres, attendant d’être rachetés. Les manuscrits trouvés sont datables, d’après des preuves paléographiques, entre le 10ième et le 15ième siècle. Les milliers de manuscrits différents représentés par des fragments constituent un nouveau matériel inestimable pour la paléographie et la codicologie hébraïque. Quelques textes, conservés dans plusieurs autres manuscrits, notamment bibliques, peuvent acquérir une valeur particulière en raison de leur ancienneté. C’est le cas de la douzaine de pages provenant de la Bible en écriture carrée italienne datant du 11ième ou 12ième siècle, trouvée à Nonantola et dans diverses archives de Modène. Il s’agit du plus ancien manuscrit biblique préservé produit en Italie.

En ce qui concerne ce sujet, la plupart des fragments proviennent de ce qui peut-être considéré comme les travaux classiques contenus dans les bibliothèques juives de la fin du Moyen Age et de la Renaissance. Je souhaiterais maintenant parler des données de la collection de Bologne, une des plus importantes qui ait été cataloguée et qui peut constituer une référence pour tout le monde. Environ 28% des fragments appartiennent à des manuscrits bibliques, 23% à la littérature halakhique représentée par le traditionnel Sifre Mitzwot, 19% à la Mishna, le Talmud, et autres compendiums talmudiques, 12% contiennent des commentaires bibliques, 11% à des textes liturgiques, presque 2% à des textes scientifiques concernant la médecine, l’astronomie et la géométrie, 1.6% contiennent des dictionnaires ou des travaux lexicographiques, et enfin, 1% à la Qabbale et le Midrash.

Mais examinons maintenant les découvertes les plus importantes. Les 350 feuilles du Talmud Bavli qui peuvent être regroupés autrement en 150 manuscrits, aussi bien connus qu’inconnus, sont d’une grande importance. Parmi ceux-ci, plusieurs bifolios que j’ai trouvés en Emilie Romagne appartiennent aux manuscrits sépharades du 12ième -13ième siècles, plus ancien que le manuscrit de Munich. La plupart ont été trouvés aux Archives d’Etat de Bologne, où j’ai découvert 88 fragments incluant les folios et bifolios, exceptés quelques fragments du Talmud Yerushalmi , de la Mishna et de la Tosefta. Les 18 fragments appartenant au même manuscrit de la Mishna en écriture carrée italienne du 12ième siècle constituent une découverte importante. Une des plus importantes découvertes faites récemment concerne quelques pages d’une ancienne copie du Talmud Yerushalmi , qui ont été réutilisés au milieu du 16ième siècle comme reliures de volumes imprimés gardés dans les Archives Archiépiscopoales de Savone. L’analyse philologique de ces fragments démontre que peu de temps après le début du 13ième siècle, dans l’aire du Judaïsme sépharade, il existait un texte du Yerushalmi qui était pratiquement identique (mis à part des détails d’ordre orthographiques) au Vorlage du scribe ashkénaze responsable du ms Leiden, copié en 1289. Quelques fragments trouvés à Fano, à Pesaro et à Fermo ont une certaine importance parce qu’ils ont conservé des parties jamais publiées des commentaires talmudiques et bibliques attribués à Rashi.

Un folio et deux petits morceaux trouvés à Norcia, datés du 10ième siècle et rédigé en écriture orientale carrée, constituent le plus ancien témoin de la Tosefta entre nos mains. Deux bifolios complets pour un total de 8 pages d’un manuscrit sépharade de la Tosefta du 13ième siècle a été récemment découvert par l’auteur aux Archives d’Etat de Bologne [1].

Dans les Archives d’Etat de Pesaro, la seule recomposition d’un manuscrit entier a été retrouvée : il s’agit d’un Mahzor français écrit en ashkénaze datant du 13ième siècle.

Contrairement aux fragments trouvés dans la guéniza du Caire, dans ceux découverts en Italie les travaux inconnus auparavant sont peu nombreux, mais un certain nombre de textes inconnus ont été trouvés dans les domaines liturgiques et les exégètes bibliques. Dans les Archives d’Etat d’Imola, j’ai trouvé un bifolio complet contenant un commentaire inconnu de Yossef ben Shimon Kara sur les Psaumes dans une graphie semi-cursive ashkénaze du 13ième siècle. Le commentaire va du Psaume 1 au Psaume 17. Le professeur Abraham Grossman a récemment étudié quelques fragments appartenant au même manuscrit trouvé dans les Archives d’Etat de Bologne et un dans les Archives d’Imola et contenant respectivement des parties du commentaire sur le Deutéronome et l’Exode . Il a réussi à démontrer qu’il s’agissait de l’original perdu du Perush ha Torah de ce même Yossef Kara. Quelques fragments aussi remarquables du Midrashim halakique Sifre e Sifra, dont dix pages ont été découvertes à Nonantola [2]et dans les Archives Capitulaires (?) de Modène [3].

Dans les Archives Archiépiscopales de Ravenne, j’ai découvert récemment un bifolio fragmentaire, recomposé en quatre bandes horizontales coupées, mais qui, par chance était la page centrale d’un fascicule. Il contient quatre pages consécutives de la Midrash Tanhuma , Ahare 12 - Qedoshim 14. Le manuscrit, probablement écrit en Italie par scribe ashkénaze, a été daté par Malachi Beit Arié et Colette Sirat du début du 12ième siècle, et, en conséquence, il représente le plus ancien témoin du Tanhuma entre nos mains.

Dans la Bibliothèque Municipale d’Alesandria (Italie du Nord), j’ai trouvé un important ancien Commentaire aux Azharot pour la fête de Shavu’ot , composé durant le 13ième siècle par un tossafiste anonyme. De ce manuscrit, 32 folios entiers, donc 64 pages au total, de texte bien conservé, ont été détachés et restaurés. Ces pages pourraient même être l’équivalent de 60-70% du manuscrit entier. Le texte est similaire, mais pas identique, à celui contenu dans le ms Vaticano, Ebraico 306, copié au 14 ième siècle et publié par Efraïm Kupper. La version de nos fragments est plus longue, contenant plusieurs citations non présentes dans le ms Vaticano.

L’ornementation micrographique du Massorah de même que celle des lettres capitales de l’incipit est aussi attestée. Deux magnifiques exemples ont été trouvés dans les Archives d’Etat de Bologne : un incipit du Lévitique , avec des motifs enluminés d’animaux et de fleurs [4]et un autre incipit des Psaumes avec un splendide motif micrographique de léopards, de lys et de colombes [5], tous deux provenant de deux manuscrits ashkénazes du 13ième-14ième siècles.

L’un des morceaux les plus intéressants de ces fragments trouvés dans la Guéniza italienne sont ces six pages contenant une traduction en hébreu inconnue de la Sefer ha Shorashim de Yonah ibn Janah (ou Gianach école linguistique de Cordoue (990-1055), trouvée dans les Archives Historiques de Nonantola [6] et de Modène [7]. Les bifolios réutilisés pour couvrir des registres, appartiennent au même manuscrit rédigé en italien datable du 13ième siècle, dont le traducteur est probablement Yitzhaq ben Yehoudah Barceloni.

J’ai également trouvé quelques exemples d’enluminures de manuscrits, comme cette page illustrant David et Goliath dans une Bible ashkénaze copiée au 13ième siècle, et une page magnifique d’une Mishnah Torah copiée en Espagne au 14ième siècle.

Des manuscrits hébreux connus ont aussi été recyclés pour relier des livres. Un exemple est la prière Adderet mamlakah de El’aza birebbi Qallir dans une Mahazor pour Rosh ha-Shanah selon le rite ashkénaze, à Modène dans les Archives Capitulaires, [8].

Si on considère que guère plus de 5% de tous les manuscrits produits par les Juifs en Europe tout au long du Moyen Age ont survécu, l’importance de la découverte, ne serait-ce que d’une seule page d’un manuscrit perdu, apparaît clairement. La guéniza italienne est une véritable mine d’anciens et précieux textes manuscrits hébreux, qui, aujourd’hui retrouvent leur dignité de travaux littéraires, après quate ou cinq siècles durant lesquels ils sont restés cachés dans des archives poussiéreuses comme d’humbles couvertures de registres notariaux ou de modestes reliures de livres imprimés.

Pr Mauro Perani de l’Université de Bologne.

Diretore del "Progetto ghenizà italiana"

DIRETORE DI "Materia giudaica"


[1] (frr.14 et 375)

[2] (frr. 217-225)

[3] (fr 49)

[4] (fr 640)

[5] (fr 44)

[6] (frr.171-172)

[7] (frr.48-49)

[8] fragment hébreu, nr.98.1.



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