Aristocraties européennes et césure de la Grande Guerre

Table ronde
lundi 10 novembre 2008
par Nadia Darmon.H
popularité : 5%

Les Rendez-vous de l’histoire de Blois accueillaient au mois d’octobre, d’innombrables personnalités du monde universitaire et diplomatique qui donnèrent à penser l’européanité sous toutes les focales ; Etre européen, faire l’Europe, construire son européanité, servir et se servir de l’Europe, l’Europe coupable ou victime, colonialiste et raciste, civilisatrice et humaniste...la liste fut longue, les registres déclinés à l’infini. Tels que je les ais suivis, les Européens dans le regard de l’autre ;

4 -Aristocraties européennes et césure de la Grande Guerre,

table ronde avec David Bensoussan, Alice Bernard, Clarisse Berthezène, Isabelle Dasque, Monique de Saint Martin, Sophie Tchouikina, Marie-Bénédicte Vincent :

En Russie, tous les enfants héritaient à parts égales, la noblesse très stratifiée économiquement reposait sur le servage. Une partie de la noblesse critiquait cette situation et avait un désir de venir en aide à la population. Ainsi, plus de la moitié de la noblesse russe fit partie des révolutionnaires et des terroristes. La noblesse était composée d’une part de la haute aristocratie, descendants des premiers Varègues, d’autre part de propriétaires terriens qui fonctionnaient sur un mode capitaliste, puis les nobles professionnel d’origine mais qui vivaient en ville ; leur identité était critique en regard de l’aristocratie foncière, et enfin la catégorie des possédants des usines et des mines.

La césure de la 1ère Guerre mondiale : Les pays qui ont connu un changement brutal : La Russie, la Turquie (1923), l’Allemagne de Weimar.

En Russie après 1917 : La noblesse russe était chassée, discriminée mais elle maintenait son titre de noblesse associé aux patronymes. La plus fortunée a émigré, en revanche la noblesse de condition moyenne est restée sur le territoire. Bien qu’elle ne devait pas participer à la Révolution, Lénine et Trotski ont utilisé cette noblesse là pour constituer l’Armée Rouge. C’est en 1929 que Staline renouvellera entièrement le corps administratif en puisant dans les classes paysannes et ouvrières. Alors que les anciennes élites contribuent à la culture et à l’éducation.

En 1860, les nobles étaient riches et puissants. Suite à l’abolition du servage en 1861, les fortunes vont peu à peu s’éroder. 1917 marque l’expropriation des terres. Les nobles gagnent la ville la plus proche de leurs domaines, en un mouvement d’exode qui dura jusqu’en 1925. D’autres s’enfuient avec ce qui leur reste, bijoux et diplômes qui ne seront pas toujours reconnus à l’étranger. En France ou ailleurs, ils pourront s’appuyer sur leurs réseaux de relations et leurs petits savoirs faire pour subsister.

Quant à la petite et moyenne noblesse qui est restée, c’est par un manque d’argent qui les mènera à une ruine progressive. Leur grande pauvreté les conduit à troquer leurs biens pour acheter à manger ; ils donnent des cours, ils sont sujets de moquerie bien qu’ils cachent leurs origines nobiliaires. Toutefois, le niveau culturel les distingue du reste de la population, par une manière de réfléchir, de se conduire en société, de réagir aux situations ; ils constituent une classe cultivée, visible. Ils pouvaient s’employer comme professeurs, journalistes, acteurs, ils accèdaient alors à un certain prestige qui les suivait jusque dans les appartements communautaires où ils étaient respectés pour leur culture.

Dans l’Empire Ottoman : Les élites administratives du Sultan perdent leurs positions, les Oulémas disparaissent en tant qu’aristocratie religieuse. La famille du Sultan a 24 heures pour quitter le pays, elle ne sera autorisée à revenir que dans les années 1950 pour les femmes, et vers les années 1970 pour les hommes. Les militaires de Ataturk sont constitués des Pachas qui formeront les cadres. Le pouvoir a besoin d’eux, pour leurs qualités reconnues : la connaissance de plusieurs langues, pour leur riche carnet d’adresses, les bonnes manières ; savoir présenter son épouse en société, savoir négocier avec les autre pays. Aujourd’hui, les diplomates turcs sont les descendants des grandes familles ottomanes.

Avec la République de Weimar, en Allemagne (1918) : C’est la césure brutale, l’aristocratie allemande perd son pouvoir dans l’Empire. L’article 109 supprime les composantes nobiliaires du patronyme. Hebert passe néanmoins un compromis et demande aux cadres de rester en poste en échange de quoi ils obtiennent la garantie de leurs droits acquis. Il y a une certaine continuité entre la République de Weimar et l’ancien régime nobiliaire. Cependant, les aristocrates se trouve leur salut dans le corps diplomatique à 40 % d’entre eux. En 1918, 3 millions d’hectares de terres appartiennent aux nobles (3% pour le sud de l’Allemagne et le Bade Würtemberg). Après 1918, les seules réformes concernent le statut des paysans salariés qui rejoint celui des autres salariés. La loi prévoit sans l’appliquer, de réformer le non partage des domaines.

Dans les années 1920, les sous-préfet sont encore d’origine nobiliaire, vers 1930, ils ne le sont plus.

En France/ en Bretagne : La césure située en 1918, aurait pu être située en 1870. Parmi les Conseils Généraux, les députés, partout les nobles sont majoritaires, malgré les antagonismes religieux. Dans les années 1920, on assiste à l’érosion du pouvoir de la noblesse bretonne, dûe principalement aux nombreuses pertes pendant la Guerre, quelques grandes familles subsistent comme la famille des Rohan (1916). Ils se situent à droite voire à l’extrême droite.

L’Aristocratie maintient sa position et fournira la filière administrative, le corps diplomatique pour 1/3 de leur effectif. Antérieurement à 1914, aucune ambassade n’est issue de l’aristocratie. A partir de 1930 la tendance est inversée. Avec l’avènement de la Gauche, on n’observe pas d’épuration. Après la seconde Guerre mondiale, on note une sélection hybride qui fait appel par cooptation à l’Aristocratie réputée pour ses qualités de représentation, sa tradition de services, auréolée de patriotisme. (En effet, entre 1914 et 1918, les couches aritocratiques s’étaient distinguées par des solidarités renouvelées, des politiques d’ouverture en faveur des autres catégories sociales.

En France, qu’en est-il des possessions foncières ? On note en Bretagne, une perénité du pouvoir politique qui s’appuie sur le clergé et la propriété foncière. La noblesse a quitté tous les postes administratifs pour se concentrer sur ses terres. Elle souffre d’un faible renouvellement numérique et se plaint du code civil qui divise les domaines en partages équitables des terres entre les héritiers.

Cependant, les Aristocrates bretons qui avaient réussi un temps à placer leurs capitaux en bourse et prospéré, voient leurs placements s’effondrer avec la guerre de 1914/1918. Evitant les ventes massives après guerre, l’économie repart d’un nouvel élan impacté faiblement par l’effet de la guerre. S’il faut chercher une rupture, il faut la chercher dans la crise des années 1930.

Conclusion : Le prestige des Aristocrates en Europe, avant guerre : Sur le plan social, les aristocrates jouissent d’un certain prestige d’abord grâce à la diminution démographique du groupe, également par leur engagement volontaire dans les corps d’armée les plus exposés :cavalerie, aviation, infanterie, officiers... Sur le plan numérique ils souffrent d’un sentiment de déclin et prennent conscience de la fin d’un monde. Leur valeur patriotique croît dans les années 1920/1930, tant ils se sont distingués par de nombreux sacrifices durant la guerre, femmes et hommes. Ils sont issus de lignées d’ancêtres prestigieux, possèdent de solides traditions et d’indéniables qualités sociales. En France, il est avéré qu’au moment du recrutement pour des postes de haute fonction publique, la note est revalorisée prenant en compte la distinction des manières, la finesse du propos, la capacité à travailler sur dossier, les qualités de représentation et l’art du bien recevoir, la largesse et la magnificence. Cette fascination joue au coeur des villages ; la figure du chatelain est mise en scène dans sa singularité aristocratique. Elle crée son pendant, un effet de répulsion.

En Grande Bretagne, l’aristocratie est taxée de parasite social frappé des trois A : Alcoolisme, Adultère, Aristocratie.

Ces dossiers comparatifs par pays permet de beaux éclairages sur les dénominateurs communs et les singularités ; les russes étaient plus cultivés que les français. Les grandes familles de nobles ont su néanmoins porter des projets novateurs, même chez ceux qui ont caché leurs origines comme les Pachas de l’Empire Ottoman, ou en Russie. Elles ont su utiliser leur génie familial au service de leur société, dans la modernité ils sont devenus médecins, pianistes, chercheurs...



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