Camp de concentration du Struthof-Natzwiller

Situé en Alsace (Bas-Rhin)
samedi 17 février 2007
par Nadia Darmon.H
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Présenté comme un camp de concentration "politique", regroupant principalement les "Nuit et Brouillard" , soit les résistants, le Struthof-Natzwiller, seul camp de concentration nazi sur le sol français, eut parmi sa population détenue, 20 % de Juifs et 35 % de Russes. Ce camp fournit des centaines de cobayes humains, et fut l’un des plus meurtriers de sa catégorie. Le camp du Struthof, par sa situation géographique, est visité chaque année par de nombreuses classes de collège et de lycée.

Source : d’après l’ Article paru dans le Pays, du jeudi 22 avril 2004.

Camp du Struthof [1] : ils étaient 52 000.

Robert Steegmann, professeur d’histoire au Lycée international de Strasbourg a travaillé durant neuf ans, à étudier pour les besoins de sa thèse, les archives françaises, allemandes et russes, à propos du seul camp de concentration situé sur le sol français, le camp du Struthof-Natzwiller, dans le Bas-Rhin.

Ainsi, il a mis a jour diverses données :

1) 52 000 hommes et femmes ont été détenus au Struthof, selon l’étude de Robert Steegmann ; en effet, le fichier matriculaire du camp s’arrêtait formellement au matricule 44 599, or, Robert Steegmann affirme qu’à partir de janvier-février 1945, les détenus n’ont plus été immatriculés.

"Début 1945, les 6000 prisonniers du camp mère de Natzwiller avaient déjà été évacués vers Dachau, depuis six mois. Certains des 70 Kommandos (camps de travail) qui dépendaient du camp de Natzwiller, et principalement situés en Allemagne, ont fonctionné jusqu’à l’armistice." Ces Kommandos constituaient une main d’oeuvre concentrationnaire louée aux industriels qui ne laissaient aucun répit aux masses épuisées par le froid, le vent, les maladies, la faim.

"La mortalité se situait autour de 40 % de la population concentrationnaire, dont 20 % de juifs, détenus entre mai 1941 et avril 1945 au Struthof. D’après Robert Steegmann, le Struthof est placé parmi les plus meurtriers du système nazi, hors les camps d’extermination. A égalité avec Bergen-Belsen et Sachsenhausen (...) "

2) Les détenus étaient principalement des Polonais (35%) et des Soviétiques (25%).

3) L’historien a pu reconstituer le registre des noms, d’où il manque selon lui, 3000 noms.

4) L’historien a mis à jour des documents qui montrent la volonté des Allemands, de regrouper à Natzwiller, tous les détenus au statut spécial "NN" ("Nuit et Brouillard") qui concernait principalement les résistants.

5) "Le Camp du Struthof, a fourni plusieurs centaines d’hommes et de femmes à des fins d’expérimentations médicales "inutiles", que trois médecins de l’université allemande de Strasbourg menaient sur les gaz de combat et le typhus."

"A la demande du Dr August Hirth, qui voulait se constituer une "collection anatomique" de la nouvelle "race judéo-bolchevique", 86 hommes et femmes" ont été transférés spécialement depuis le camp d’extermination d’Auschwitz. Ils ont été assassinés dans la petite chambre à gaz du camp du Struthof. "Des corps, placés dans des cuves à formol jusqu’à la fin de la guerre, ont pu être identifiés."

(Le Dr Lang, né en 1951, étudie depuis de nombreuses années les crimes de guerre commis par le professeur Auguste Hirth, qui dirigea l’institut d’anatomie de l’université de Strasbourg pendant l’occupation allemande. C’est sur les ordres de ce dernier que deux employés de l’institut se rendirent, en juin 1943, à Auschwitz pour y sélectionner des juifs, hommes et femmes, d’origines diverses. 29 femmes et 57 hommes, venant de huit pays différents, furent transférés en août 1943 au camp du Struthof-Natzwiller, situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Strasbourg. Hirth s’occupa également de faire construire une chambre à gaz pour la bonne exécution de son "programme". On a retrouvé un document rarissime, dû à l’entreprise chargée de la construction de cette chambre où se trouve mentionnée en clair – et non en langage secret comme d’habitude - la "construction d’une chambre à gaz à Natzwiller" . Il s’agit d’une facture adressée par la SS à l’Institut de pathologie de Strasbourg, et portant sur 236,08 Reichsmark (Source : Lexique du site internet de Yad VaShem).

Les cadavres de ces hommes et de ces femmes, destinés à la "Collection de squelettes juifs", furent déposés dans les caves de l’institut, mais le sinistre Hirth ne trouva pas le temps de s’en occuper avant la fin de la guerre. Strasbourg fut libérée à la fin de 1944 et les cadavres anonymes furent enterrés au cimetière juif de Strasbourg.

Lire également (lien ci-dessous) : "Des noms derrière des matricules", le récit de Hadassa Pastel retrouvant la trace de sa mère, Sara Bomberg parmi les 86 victimes juives venues d’Auschwitz au Struthof.

Extrait d’un article paru : Le Mémorial pour les 86 victimes.

Extrait de "La Destruction des Juifs d’Europe" de Raoul Hilberg. éd. Fayard, p 819, 820.

(...) "Une autre approche fut tentée par l’Ahnenerbe, une organisation formée par la SS en 1939 pour explorer "la sphère, l’esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique". Le président de l’organisation était Himmler, son directeur commercial le Standartenführer Sievers, et l’un de ses chercheurs le Hauptsturmführer Prof. Hirt, directeur du département d’anatomie de l’université du Reich, à Strasbourg. Au début de 1942, Hirt était hospitalisé avec une hémorragie des poumons et une circulation sanguine gravement détériorée. De son lit, il adressa le rapport suivant à Himmler. Toutes les nations et toutes les races avaient été étudiées au moyen de ll’examen de collections de crânes ; mais, dans le cas des Juifs, les crânes étaient trop rares pour permettre des conclusions scientifiques. La guerre, dans l’Est, offrait une chance de remédier à cette situation.

"Avec les commissaires judéo-bolcheviques, qui incarnent une sous-humanité répugnante mais caractéristique, nous avons la possibilité d’obtenir un document détude scientifique concret (ein greifbar wissenschaftliches Dokument) si nous nous procurons leurs crânes."

Il était préférable, de l’avis de Hirt, de remettre les commissaires politiques vivants à la Police de campagne. Un médecin dresserait alors les rapports essentiels, tuerait les Juifs, prélèverait avec soin les têtes, et ainsi de suite. [2] Brandt répondit que le projet intéressait vivement Himmler, mais qu’il fallait d’abord que Hirt se rétablisse. Peut-être quelques fruits lui feraient-ils du bien ? [3]

Quelques mois plus tard, Hirt avait suffisamment repris le dessus pour se mettre au travail. Compte tenu de la pénurie de "commissaires judéo-bolcheviques", l’Ahnenerbe se déclara prête à accepter 150 Juifs d’Auschwitz [4]. Un dignitaire de l’organisation, le Hauptsturmführer docteur Bruno Beger, fut envoyé au camp ; 115 personnes - 79 Juifs de sexe masculin, 30 femmes juives, 4 détenus d’Asie centrale et 2 Polonais - furent mis en quarantaine, et l’on prit des dispositions avec Eichmann pour les faire transférer à Natzweiler, où ils furent gazés [5]. Les cadavres furent rapatriés à Strasbourg et mis de côté pour les études raciales. [6] Là, au laboratoire d’anatomie de l’université, les médecins allemands purent déployer toute leur science."


Struthof Natzweiler

[1] Ne pas confondre avec le camp de concentration de Stutthof, situé à 1.5 km de la côte, à l’est de la Vistule, dont les détenus furent principalement des femmes juives des ghettos et des camps baltes, évavués en 1944.

[2] "Sievers au Stubaf. Docteur Brandt, 9 février 1942, joignant le rapport de Hirt, NO-85."

[3] Brandt à Sievers, 27 février 1942, NO-90.

[4] Siervers à Brandt, 2 novembre 1942, NO-86.

[5] OStubaf. Brandt à Eichmann, 6 novembre 1942, NO-116. Staf. Sievers à Eichmann, copies à HStuf. Beger, Pr Hirt et OStubaf. Brandt, 21 juin 1943, NO-87. Déposition en cours d’instruction de Ferdinand Holl du 3 novembre 1946, NO-590. Boutbien et Holl étaient des détenus de Natzweiler.

[6] Staf. Sievers à Staf. Brandt, 5 septembre 1944. NO-88.



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