"Une laborieuse implantation" en Alsace et Lorraine

mardi 25 octobre 2005
par Nadia Darmon.H
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"Une laborieuse implantation" en Alsace et Lorraine

Un article [1] de Bernard Vogler dans la revue Historia nous renseigne sur la composition et la constitution des communautés juives d’Alsace et de Lorraine ;

« Au XVI° siècle, l’Alsace compte, en tout et pour tout, entre 100 et 120 familles juives, dont 17 à Bergheim - la communauté la plus importante - et une soixantaine pour le comté de Hanau-Lichtenberg, la préfecture de Haguenau (40 villages) et les terres de la Noblesse immédiate [2]. En Lorraine ils ne sont guère plus nombreux. D’abord admis à Metz devenue française en 1552, leur nombre est limité à huit ménages par Henri III. Le roi les considère comme utiles à la garnison comme prêteurs d’argent, mais il les confine dans cette unique fonction. Leurs privilèges sont confirmés par Henri IV en 1605 et Louis XIII en 1632. Leur nombre passe de 376 personnes en 1637, à 675 en 1674 et 2000 en 1717.

Le statut des juifs dans le Saint Empire germanique [3] - auquel sont rattachées ces deux provinces jusqu’au XVII°siècle - est bien défini : ils sont Kammerknechte , serfs de la Chambre impériale, ce qui leur dénie toute capacité civile et politique. Les princes et villes libres ont obtenu le droit régalien de les recevoir et de les congédier. Dans Strasbourg, les juifs ne sont plus admis, depuis 1388, à résider dans les murs ni à y passer la nuit. Mais ils peuvent s’y rendre pour pratiquer des activités commerciales, dont celui du gros bétail et des chevaux. Dans la principauté de l’évêque de Strasbourg (Sud de l’actuel département du Bas-Rhin), les règlements deviennent plus restrictifs après 1530. Dans le Comté de Hanau-Lichtenberg, leur statut est plus libéral, tout comme dans les villages de la préfecture de Haguenau. En Haute-Alsace, après une longue période de chicanes, les juifs sont expulsés des territoires des Habsbourg en 1574.

Durant la première moitié du XVI° siècle, le judaïsme alsacien est dominé par la personnalité de Josselmann de Rosheim (vers 1478-vers 1554), syndic général des Juifs du Saint-Empire. Il a passé la majeure partie de son existence à intercéder auprès de Maximilien 1er puis de Charles Quint, le plus souvent avec succès, pour défendre la cause de ses coreligionnaires. En Alsace, il a ainsi obtenu leur retour à Obernai et l’annulation de leur expulsion de Kaysersberg (1520), puis de toute l’Alsace en 1528. Après l’annexion à la France - commencée en 1648 par le traité de Westphalie et achevée par la prise de Strasbourg en 1681 - la situation des juifs tend à s’améliorer grâce à une relative bienveillance des intendants d’Alsace. En 1674, l’un d’eux, La Grange, accorde aux juifs d’Alsace les mêmes privilèges qu’à ceux de Metz, qui s’étaient imposés comme des fournisseurs aux armées. Ces intendants font respecter les privilèges et appliquent largement les ordonnances. Dans les seigneuries et les villes "réunies" à la France en 1680-1682, qui conservent leur administration spécifique jusqu’en 1789, se juxtaposent deux traditions : les princes accueillent volontiers les juifs, perçus comme une source de profit, alors que les villes, craignant une concurrence commerciale, leur interdisent le droit de s’établir. Au cours du XVIII° siècle, villes et princes défendent pied à pied leur législation. Celle de la régence de Saverne, où la bureaucratie est tatillonne, est malgré tout suffisamment libérale pour que des Juifs d’autres territoires réclament un alignement de leur législation sur les statuts épiscopaux. Entre autres, l’extension du droit de résidence, la suppression des discriminations économiques et des taxes infamantes. Des lettres patentes de 1784 concernent surtout quatre points. Un premier point est restrictif : l’interdiction d’admettre des juifs étrangers. Les trois autres lettres sont plus libérales. Les activités économiques sont sensiblement élargies et des syndics assurent les compétences financières des communautés. Enfin, la déclaration des actes d’état civil est rendue obligatoire. Mais ces textes ne suscitent guère d’enthousiasme et ne provoquent que peu de changements. Pour le reste, la règlementation demeure contraignante : consentement du seigneur pour la célébration des mariages, interdiction du mariage et des relations sexuelles avec des chrétiens sous peine de sanctions, droit de propriété limité à l’habitation, exclusion des corporations, limitation des activités de commerce, exclusion des professions de paysan, avocat et médecin, sauf à Metz. En Alsace, seule la profession de chirurgien leur reste ouverte - le premier juif à s’inscrire à l’université de Strasbourg est Abraham Baruch, qui se destine à la médecine en 1788.

A cette règlementation s’ajoute une fiscalité très variable. Les Juifs sont soumis commes les autres habitants à deux types d’impôts, royaux et seigneuriaux. Les premiers consistent dans le droit de protection [4], le péage corporel [5] et la capitation. Leur recouvrement provoque pendant tout le XVIII° siècle d’incessantes querelles portant sur le mode de calcul (l’assiette) et la suspicion à l’égard des collecteurs. Les impôts seigneuriaux sont longtemps arbitraires. Il s’agit des droits de réception, de protection seigneuriale, de diverses taxes locales et de la participation aux dépenses communales.

Dans chaque communauté les contribuables élisent un préposé, supervisé au niveau régional par deux préposés généraux, auxquels il faut ajouter un préposé par seigneurie, chargé de dresser les rôles de répartition des impôts et des taxes par communautés. Il s’agit toujours de notables influents, en relation avec les autorités provinciales.

Durant la période française, la population juive augmente dans les campagnes. En 1650, elle est estimée entre 300 et 400 familles, soit de 1500 à 2000 personnes. Entre 1689 et 1716, le nombre des familles passe de 587 à 1348, soit environ 6 800 personnes. Une progression due autant à un fort taux de natalité qu’à une immigration d’Europe centrale. Ce phénomène se poursuit durant tout le XVIII° siècle, qui voit tripler les chiffres, pour atteindre 20 000. Cette population est répartie pour les trois quarts en Basse-Alsace (76% en 1689, 74% en 1784, dans 129 localités, et en Haute-Alsace [6] dans 54 localités. Ces dernières sont massivement regroupées autour des villes [7] à résidence interdite et dans le Sundgau [8], le long de la frontière suisse. En Basse-Alsace, le peuplement est éparpillé en une multitude de petites communes rurales. Avec 473 personnes, la plus importante communauté est, en 1784, celle de Bischeim : à elle seule, elle constitue la moitié de la population du village. Celui-ci est situé à 4 Km de Strasbourg, où la plupart des juifs se rendent pour leurs affaires, souvent pour le compte du très riche fournisseur aux armées Cerf Berr de Medelsheim. Les autres communautés les plus importantes sont celles de Wintzenheim aux portes de Colmar (430), de Hegenheim près de Bâle (409), de Bergheim (327), de Mutzig (304), de Marmoutier (299) et de Westhoffen (282). En fait, les juifs se regroupent souvent dans les localités proches des villes ou le long des routes. Parmi les bourgades dans lesquelles ils se développent, celle de Rosheim, où la communauté, grâce aux Netter, est très dynamique. Sur le plan, on trouve les juifs aussi bien dans des seigneuries catholiques (évêché de Strasbourg) que protestantes (comté de Hanau-Lichtenberg). Dans ce dernier, ils représentent près de 1700 personnes réparties dans 22 agglomérations (une sur cinq) et constituent 2,6% de la population totale en 1784, mais plus de 10% dans six localités, en particulier dans la capitale Bouxwiller avec 13,81%, à Westhoffen (13,82%), à Ingwiller (12,8%), à Wolfisheim (12,62%) et à Balbronn [9] (20,33%). Il s’agit surtout de chefs lieux de baillage où se trouvent les foires et marchés, et les greffiers pour l’enregistrement des transactions. Au nord de Haguenau, dans l’Outre-Forêt aussi, leur population dépasse les 10% dans certaines localités (12% à Niederbronn, 13% à Soultz, 15% à Niederroedern).

En Lorraine, la population juive est stabilisée autour de 2 000 personnes à Metz au XVIII° siècle, alors qu’elle progresse sensiblement dans le pays messin et la partie germanophone de l’évêché dans une cinquantaine de localités. Dans le duché de Lorraine, un édit de 1721 chasse les juifs nouvellement installés : seuls sont tolérés 73 ménages, répartis dans 24 localités du duché, presque toutes en secteur germanophone. Du moins ceux-ci obtiennent-ils le droit de circuler librement. Leur situation s’améliore sous le règne du roi Stanislas et leur nombre progresse pour atteindre 500 familles en 1789, soit environ 3000 personnes, dont près de 20% installés à Nancy. La communauté de Metz connaît d’ailleurs un grand rayonnement cultuel : dès 1595 elle emploie trois rabbins et, au XVIII° siècle, son école talmudique est renommée.

En Alsace, les premières mentions du rabbinat ne datent que du XVI° siècle : elles concernent l’évêché de Strasbourg, la préfecture de Haguenau, le compté de Hanau-Lichtenberg, la seigneurie des Ribeaupierre et les terres de la Noblessse immédiate. Louis XIV crée, en 1681, un rabbinat d’Alsace, puis un second pour la préfecture de Haguenau, tandis que les princes possessionnés parviennent à garder leur droit de nomination des rabbins. Pourtant, les conflits de juridiction se multiplient au XVIII° siècle. A la veille de 1789, on compte cinq rabbinats officiels, alors que ceux élus par les communautés rurales ne sont pas reconnus. les cinq rabbins sont établis à Haguenau pour la préfecture, à Mutzig pour l’évêché de Strasbourg, à Niedernai pour les possessions de la noblesse, à Bouxwiller pour le Hanau-Lichtenberg et à Ribeauvillé pour la Haute-Alsace. Ils exercent dans leur communauté les fonctions de notaire, (contrats de mariage, testaments et inventaires) et de juge pour l’observance des lois, des affaires de divorce et de serments. Ils sont directeurs du culte et peuvent prononcer des sanctions financières et la mise au ban. L’instruction primaire, supervisées par les cinq rabbins, est bien développée en 1784, avec 116 maîtres d’école et 65 précepteurs.

Au XVI° siècle, il ne subsiste en Alsace que deux synagogues, à Bergheim et à Haguenau. Ailleurs, la construction de véritables synagogues même modestes, est fréquemment refusée. [10] Trois d’entre elles, à Wintzenheim, à Biesheim et Hagenthal [11], sont même détruites en 1721 [12], en Haute-Alsace, par ordre du Conseil souverain. [13]

A la veille de la Révolution, on compte 53 établissements [14] religieux, dont trois ont une existence légale. Dans le Comté de Hanau-Lichtenberg, il existe également quatre synagogues. Celle de Pfaffenhofen, [15] inaugurée en 1791, est la seule qui nous soit restée. Ailleurs, les communautés sont simplement autorisées à installer un oratoire dans une maison privée. En Lorraine, plusieurs synagogues sont construites au XVIII° siècle. Celle de Metz, édifiée au début du XVII° siècle, est agrandie en 1690, puis en 1745.

Les premiers cimetières datés ne remontent pas au-delà du XV° siècle. Les plus anciens sont ceux de Jungholtz et d’Ettendorf. Ils deviennent plus nombreux au XVII° siècle, avant que, vers 1789, presque chaque communauté crée son propre cimetière. Dans le Comté de Hanau-Lichtenberg, il y en a trois importants, à Ettendorf, à Neuwille-les-Saverne et à Westhoffen. Les pierres tombales les plus anciennes ne remontent pas avant 1600. En Lorraine, les cimetières demeurent assez rares.

En raison d’une législation très restrictive, les professions autorisées aux juifs sont très réduites. Ils ne peuvent être ni cultivateurs, ni maîtres artisans ; ils sont privés de la possibilité d’acquérir un diplôme ; ils ne peuvent acheter ni terres de culture ni immeubles autres que leur propre habitation. Leur principale activité est le prêt. Alors que le taux légal est de 5%, l’Assemblée des villes du Rhin à Mayence leur a accordé, en 1258, 2 Pfennig par Pfund (livre) empruntée et par semaine, soit un taux annuel de 43,33 %, ramené à 21,6% par l’empereur Charles IV en 1348. C’est le Judenzins pratiqué en Alsace jusqu’au XVII° siècle.

Dans le Sundgau, la crise économique de 1771 provoque un fort appauvrissement et une psychose de l’usure. Celle-ci se traduit en 1778 par une gigantesque machination contre les Juifs et les coupables sont lourdement condamnés par le Conseil souverain en 1781. Néanmoins, la haine du juif subsiste dans le Sundgau, où ont lieu des émeutes contre cette communauté en 1789. Les études récentes de Jean Daltroff et Roland Marx ont montré que les obligations détenues par les prêteurs juifs ne constituent qu’une faible partie du total, de 23,73% en 1736, à 13,87% en 1781. Ce recul se traduit par une baisse régulière du montant des crédits et la réduction de leur durée, ce qui s’explique par l’appauvrissement des créanciers. Ce crédit est orienté vers le monde rural du Kochersberg et du vignoble de la Basse-Alsace. Les emprunteurs sont principalement des laboureurs, des vignerons, des artisans, des bourgeois et des journaliers. Ce résultat est confirmé par l’enregistrement de Strasbourg en 1791 : les juifs ne détiennent que 18% des obligations, les prêts ne représentent que 13% du total, tandis que les hypothèques ne dépassent pas 10% du capital foncier.

Leur autre activité est le commerce. Leur image traditionnelle est celle du colporteur. La friperie et la brocante ont été longtemps leur exclusivité, en particulier pour les vêtements et les peaux. Ils animent les marchés hebdomadaires de denrées agricoles et de produits artisanaux. Mais, devant l’opposition des corporations, peu nombreux sont ceux qui obtiennent l’autorisation d’ouvrir une boutique. Cependant, en raison de l’abattage rituel, ils ont leurs propres bouchers, qui échappent au système corporatif. D’autres sont marchands de grains, de fourrages, de vin et d’orfèvrerie. Les Juifs les plus riches obtiennent pratiquement le monopole de la vente du fer et du sel en Lorraine, de la seconde moitié du XVII° siècle à 1789, ainsi que de la collecte d’une partie des impôts seigneuriaux indirects, notamment sur la vente de viande et de vin. Surtout, ils sont devenus un rouage dans l’économie rurale et l’approvisionnement des armées. Ils assurent le commerce des bestiaux auprès des agriculteurs mais aussi celui des grains en cas de disette, comme en 1698 quand ils permettent aux Messins d’échapper à la pénurie. Ils détiennent encore un véritable monopole sur les ventes des chevaux, ceux de la remonte de la cavalerie en particulier. Un minorité dynamique se lance aussi dans le fructueuse carrière de munitionnaires. A Metz, les juifs sont la providence des intendants pour ces fournitures aux armées. Ils sont qualifiés de "très obéissants sujets de Sa Majesté". Les cours seigneuriales recourent enfin à leurs services comme agents d’affaires.

Pourtant de nombreux témoignages attestent de la pauvreté d’une population majoritairement privée de moyens d’existence. En 1784, 10 % d’entre eux vivent de la charité. A Sélestat, à la fin du XVIII° siècle, les trois quarts ont "juste de quoi ne pas mourir de faim". Cela explique la place tenue par l’assistance dans les communautés et, à Metz, la présence d’un médecin et d’un Hôpital, alors qu’en Alsace seuls les chirurgiens sont autorisés.

A l’inverse, il émerge une caste d’hommes d’affaires, dans le Hanau-Lichtenberg. Ils y gèrent des sommes considérables pour le compte des Landgraves de Hesse-Darmstadt et servent de relais avec les banquiers de Strasbourg, de Francfort, de Berlin et de Paris. C’est le cas des Weyl de Westhoffen, des Lippmann et des Reichshoffer de Bouxwiller. On peut citer aussi Moyse Blien, préposé général de la Nation juive en Alsace et munitionnaire général, et les deux branches des Netter. La première, celle de Rosheim fournit deux préposés : Lehmann (1709-1792), préposé général de la Nation juive en Alsace qui obtient à Versailles la cassation d’un jugement du Conseil souverain d’Alsace, et Seligmann Simon (1740-1809), directeur de l’école rabbinique de Mannheim et auteur de la Haggada de Rosheim (1779). La branche de Bouxwiller comtpe deux banquiers, munitionnaires et fermiers du sel, Hirtzel et son fils Raphaël. Le personnage emblématique est Cerf Berr de Medelsheim (1726-1793), négociant en fourrages et munitionnaire. Son entreprise s’étend sur l’Alsace, la Lorraine et même la Bourgogne. A la tête d’une fortune considérable, il donne des structures solides au judaïsme alsacien, crée des écoles, des hospices et des synagogues. Il est le premier à obtenir, en 1767, l’autorisation de résider à Strasbourg, avec sa famille et ses secrétaires. Il est un des principaux acteurs de l’émancipation civile et politique de la communauté.

A la fin de l’ancien régime, les Juifs d’Alsace et de Lorraine représentent les deux tiers de cette communauté de France. Malgré un éventail professionnel très limité et l’hostilité à l’usure qu’ils pratiquent, leur rôle est indispensable à la société rurale et à l’armée française. Une bourgeoisie cultivée et riche, formée de fournisseurs aux armées et de négociants, commence à émerger. »

Bernard Vogler - Professeur émérite de l’université de Strasbourg-II- Tiré de Historia Thématique. Janvier-février 2004 -

La Construction des Synagogues au XVIII° et XIX° siècle

"La Loi napoléonnienne fait obligation aux communes de participer à la création et l’entretien des édifices de culte, mais dans la pratique, le préfet est souvent obligé de rappeller aux maires récalcitrants que les contribuables israélites, payant leurs impôts comme tout le monde, ont droit aux mêmes aides communales...Bien que propriétaire légal de chaque édifice qui sort de terre, le consistoire israélite ne dispose d’aucun moyen financier et ne participe pas aux choix architecturaux. Il s’en plaint d’ailleurs dans une lettre au préfet en 1855 : " Autant de synagogues, autant de monuments variant par la forme et par le style, et offrant parfois les plus étranges contrastes (...) Il serait utile et convenable de donner à l’ensemble de ces édifices un caractère uniforme et approprié à la simplicité de nos cérémonies religieuses qui excluent tout luxe et toute superfluité".

(...) "Le "maître" du style campagnard alsacien sera un architecte non juif, Ringeissen qui, en l’espace de 20 ans et à travers une dizaine d’ouvrages, va parvenir à la perfection de Zellwiller, une synagogue aujourd’hui presque totalement ruinée : "Renonçant à la fois à la dominante verticale et aux symboles juifs, il barre ses façades simples de lignes horizontales, qui sont celles de la campagne alsacienne. Ses constructions, suggérant la fonction synagogale par des motifs issus de la famille des formes alsaciennes traditionnelles, donnent l’impression d’être là depuis toujours".

La fin du XIX° siècle voit un renversement radical de tendance. De Soultz-sous-Forêts à Dambach-la-Ville en passant par Niederbronn, Mommenheim, Westhoffen, Balbronn, Wilfisheim ou Obernai, on érige des synagogues monumentales, mélange de néo-romand et d’orientalisme, avec la volonté de "faire riche". (...)"

"(...) C’est bien en Alsace que subsiste, malgré les destructions, la plus forte concentration de synagogues rurales en Europe. Et si leur forme en U n’apparaît pas aux architectes aussi originale que celle de synagogues d’Europe Centrale ou d’Italie, c’est qu’elle a depuis servi de modèle aux grandes synagogues urbaines de rite ashkenaze dans le monde. (...)" [16]

Vincent REMY [17]

Conclusion

La synagogue de Barr a été détruite dans les années 1986 - La synagogue de Ribeauvillé est transformée en cinéma - D’autres tombent en ruines - Dans un sursaut provoqué par cette destruction, des partisans de la sauvegarde ont choisi de se battre (derniers juifs, municipalités, Direction régionale des Affaires culturelles sous l’impulsion des Bâtiments de France. Tandis que le Consistoire israélite vend les édifices qui tombent sous sa tutelle, en l’absence de juifs.

Ainsi la démolition de la synagogue de Bouxwiller est évitée par l’inscription à l’inventaire des Monuments historiques, et sera transformée par la persévérance de Gilbert Weil en Ecomusée Judéo-Alsacien. La synagogue de "Bergheim est le seul édifice dont on est certain qu’il se trouve sur l’emplacement de l’ancienne construction médiévale." En mauvais état, elle est cependant entretenue régulièrement par la population de Bergheim. La Synagogue de Soultz devait au moment de l’article, être démembrée et remontée à l’écomusée d’Ungersheim. Celle de Balbronn(1895) a un sort particulier, puisqu’une communauté française établie en Israël, a choisi de la faire transporter jusque dans leur lieu d’établissement, à Jérusalem, dans le quartier de Guilo. C’est le compromis entre l’arrachement et la consécration.

Comme le relève l’auteur de l’article, Vincent Rémy, "En décidant également de sauver ces synagogues, l’Alsace se réapproprierait une des parts les plus originales et les plus attachantes de son histoire et de sa culture. (...) On peut en dire de même de toutes les autres synagogues du Sundgau, du Jura français et suisse, des vosges et des campagnes hautes-saônoises.

Un article de Christophe Heitz, dans l’ami hebdo du 12 janvier 1997, signalait les projets de sauvetage concernant quelques synagogues : A Soultz-sous-Forêts, à Pfaffenhoffen, à Hochfelden, à Schirmeck, à Struth, à Mommenheim [18] des projets de transformation en lieu culturel, ou de musée, étaient en gestation.


[1] Revue Historia - janvier-février 2004 - "Bernard Vogler a été nommé en 1976 à la Chaire de professeur d’Histoire d’Alsace de l’université de Strasbourg II, où il a été directeur de l’institut d’histoire d’Alsace de 1976 à 2003. Il a publié des ouvrages sur l’histoire de l’Alsace et sur le protestantisme.."

[2] "Seigneurs qui dépendent directement de l’autorité de l’Empereur."

[3] Qui englobe l’Alsace jusqu’en 1648, par les traités de Westphalie qui mettent fin à la guerre de Trente Ans.

[4] "Taxe acquittée par les Juifs en échange de la protection du seigneur, des autorités de la ville.."

[5] "Taxe acquittée par les juifs pour entrer dans une ville, comme pour les bêtes, il est supprimé en 1784."

[6] Qui comprend à l’époque le Territoire de Belfort.

[7] Mulhouse, Belfort, Bâle

[8] L’espace géographique formé par le triangle Mulhouse-Belfort-Bâle.

[9] Sa synagogue est dûe aux enfants du pays émigrés en Amérique, par pauvreté endémique. Les Juifs de Balbronn ont négocié l’achat du terrain et l’ont financé entièrement.

[10] "En 1613, Léopold 1er, évêque de Strasbourg, établit les limites de sa tolérance "Ils n’auront ni synagogues publiques, ni écoles. Ils pourront quand même faire donner l’instruction à leurs enfants".

[11] De Hagenthal et de Biesheim, des juifs s’installeront à Belfort, quelques années plus tard et constitueront la communauté de Belfort.

[12] Gilbert Weil date cette destruction de 1726 ("Connaître et gérer un patrimoine rural. Les Synagogues de Basse-Alsace. Ed. AMJAB. Article DNA/24 août 1991)

[13] "Leur construction avait été jugée comme "un attentat scandaleux et téméraire qui choque le droit, la justice et la religion."

[14] Vers 1850, Les Juifs d’Alsace qui constituent "un véritable prolétariat dans le juiverie française" selon une formule de Freddy Raphaël, sont pris d’une frénésie "de construction de synagogues, signe de leur accession à une certaine aisance." En un demi-siècle, une centaine d’édifices seront bâtis, désaffectant les précédents lieux de prières.

[15] Seul vestige que ce que furent les synagogues rurales "en étage", discrète, avec une architecture vernaculaire.

[16] Vincent Remy, tiré de l’article "Abandonnées, mutilées, détruites" DNA 27 août 1991.

[17] Tiré de l’Article : "Les Synagogues rurales d’Alsace : Le grand élan des bâtisseurs", Dernières Nouvelles d’Alsace, du dimanche 25 août 1991.

[18] En échange de l’entretien du cimetière par la municipalité, celle ci en prendrait possession.



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